15/08/2011

Le métier d’éditeur selon Nata Rampazzo : un artisan du geste de lecture

Le 11 août 2011, le Centre national du livre a diffusé seize courts entretiens sur sa Web TV : des éditeurs comme Philippe Sollers, Sabine Wespieser ou Denis Jeambar y expliquent comment ils conçoivent leur métier.

 

Pour Nata Rampazzo, c’est Aldo Manuzio qui a posé les bases de toute l’édition au XVe siècle. En inventant l’impression sur cahiers, il a favorisé l’émergence de la lecture nomade. En s’inspirant de cet imprimeur-libraire vénitien, il faut accompagner les transformations sociétales engendrées par l’essor des technologies numériques en inventant un nouveau geste de lecture et en concevant des formats plus dynamiques.

 

Cliquez-ici pour visionner l’entretien de Nata Rampazzo dans son intégralité.

29/09/2009

À Asti, R&A organise une table ronde sur la crise de la presse

Le 19 septembre dernier, dans le cadre de l’exposition sur le design de la presse également organisée par notre agence, une table ronde sur l’avenir de la presse a rassemblé à Asti directeurs de journaux, journalistes et correspondants européens.

« Crise de la presse : comment s’en sortir ? », tel était l’intitulé général des débats. Parmi les questions débattues : les nouvelles habitudes de lecture, les modes de consommation de l’information, le développement du modèle hyperlocal et l’interactivité permanente. Quel est l’impact de la mutation du design dans les « news » et l’importance de la mise en scène de l’information à l’époque du « mix-media » ? Quelles sont les solutions et les modèles de la presse à l’ère du Web ? Ces changements rendent-il le journal papier obsolète ?

Cette table ronde était animée par Nata Rampazzo, directeur artistique de la société Rampazzo & Associés.

Les différents intervenants présents autour de la table étaient : David Guiraud, directeur général du quotidien Le MondeLuciano Bosio, directeur de la communication, de la stratégie et des études du groupe Figaromedia ; Pierre Gironde, directeur des rédactions du groupe La Montagne-Centre France ; Jean-Pierre Caillard, PDG du groupe La Montagne-Centre France ; Jurek Kuczkiewicz, adjoint à la rédaction en chef du quotidien belge Le Soir ; Werner De Schepper, journaliste suisse, ex-directeur de Blick, rédacteur en chef adjoint de l’Aargauer Zeitung ; Jean-Christophe Rampal, rédacteur en chef du magazine Ulysse ; Gérard Desportes, cofondateur de Mediapart ; Philippe Ridet, correspondant du Monde en Italie ; Eric Jozsef, correspondant de Libération ; Dominique Dunglas, correspondant du Point. Et de nombreux journalistes de la presse italienne.

Quelques liens pour se faire une idée de l’événement :

– dans la page « Opinions » de La Stampa, le compte rendu de Vittorio Sabadin

– Sur le blog de Jean-Christophe Rampal, le texte cosigné par Werner De Schepper et Peter Rothenbühler sur la presse de proximité.

18/09/2009

À Asti, en Italie du Nord, R&A propose une exposition sur le design de presse

Du 18 septembre au 8 novembre 2009, à Asti (Piémont), se tient « Visible & invisible », une exposition sur les métiers du design de l’information, à travers les principaux quotidiens de langue latine. Le commissaire de l’exposition, Nata Rampazzo, directeur de création de l’agence, présente parallèlement, au baptistère de San Pietro, l’installation vidéo « Du point au pixel ».

Chaque jour, dans le monde, des millions de quotidiens sont imprimés et lus, et des millions de pages Internet sont créées et consultées. Ce sont des objets complexes. Si la dimension esthétique n’y est pas une fin en soi, elle y joue un rôle décisif.

Le rôle du designer éditorial est d’agencer de façon harmonieuse les divers signes qui composent un journal ou un site Web. Métier « invisible » aux yeux des lecteurs, mais qui contribue à rendre l’information à la fois lisible… et plaisante à lire. L’exposition offre au visiteur la possibilité de saisir l’indispensable travail de ces hommes et ces femmes de l’ombre, ces « passeurs » qui mettent en forme l’information produite par les journalistes, la rendent au sens strict lisible et attrayante pour le lecteur.
Métiers, typographie, formats, couleurs, textes, visuels… tous les thèmes abordés sont autant de préambules à la seconde partie de l’exposition, intitulée « Visible ». On y  présente le « produit » fini : les « unes » et les pages des principaux quotidiens de langue française, italienne, espagnole et portugaise.

Informations pratiques : Espace Vinci, Place Leonardo da Vinci, Asti, Italie.

Voir aussi notre article sur l’exposition « Du point au pixel » organisé par Nata Rampazzo à Asti

15/04/2009

L’avenir de la presse en ligne passe-t-il par le design ?

L’école de création numérique e-artsup a organisé un débat sur le design de presse en ligne le 7 avril 2009 en partenariat avec Adobe et la revue Étapes. Alors qu’on s’interroge souvent sur les modèles économiques de la presse en ligne, le parti-pris de Peter Gabor, directeur de l’école e-artsup, était d’explorer le développement de la presse numérique sous l’angle du design graphique, de l’ergonomie, de l’interactivité et des standards d’architecture de l’information. Réunis au Mac Mahon, Étienne Robial, Étienne Hervy, Nata Rampazzo et quelques autres designers et journalistes ont partagé leurs réflexions sur la portabilité des apprentissages du design graphique de la presse papier à la presse en ligne.

 

Quelle transition numérique pour la typographie ?
La typographie regroupe un ensemble de procédés de composition et d’impression des caractères qui se sont développés historiquement pour mettre en valeur les textes. La macro-typographie se concentre sur l’organisation de l’espace de lecture, sur l’articulation entre le texte et l’image et sur le passage d’un niveau de lecture à un autre. La micro-typographie, quant à elle, a pour objectif de maintenir l’attention du lecteur en soignant les détails du texte comme l’approche ou les césures.
Dès lors qu’on investit le web, on perd cette finesse typographique dans la mesure où les polices sont limitées, la résolution faible, les multicolonnages inexistants. Tous ces procédés auxquels le cerveau s’est habitué, et qui facilitaient la lecture, ne peuvent donc pas être exploités.
Le web offre en revanche de nouvelles possibilités puisque sa mise en forme est dynamique et non statique. Liens hypertextes, infographies animées et vidéos sont les nouvelles armes d’un médium dont les forces sont l’interactivité et la fluidité. Qu’en est-il du confort de lecture ? La tendance à reproduire les codes du papier sur le web peut engendrer des désagréments : on s’est par exemple habitué à lire en noir sur fond blanc sur le papier, mais physiologiquement on lit mieux en blanc sur fond noir sur un support éclairé. Les designers doivent dès lors s’interroger sur la stratégie à adopter sur le web. Faut-il s’inscrire dans la continuité des codes développés pour le papier ou au contraire entamer une rupture ?

 

Mettre l’ergonomie au service d’une information liquide
Au royaume de la fluidité qu’est le web, les ergonomes ne doivent pas uniquement penser la mise en forme des contenus mais aussi leur mise en mouvement. Cela est d’autant plus vrai que les moteurs de recherche permettent aujourd’hui d’arriver sur un site par les pages intérieures et non uniquement par la page d’accueil, ce qui signifie que la navigation du site doit pouvoir être clairement comprise de n’importe quel endroit du site.
L’indexation est aussi un défi important pour permettre aux lecteurs de se repérer dans l’information liquide disséminée sur le web. Alors que le support fini du papier permettait au journal de déployer son univers et de proposer une hiérarchisation de l’information correspondant à sa politique éditoriale, sur le web, c’est le lecteur qui fait son journal selon ses goûts et intérêts. Cela engendre une fragmentation du savoir sur laquelle les éditeurs web doivent se positionner : l’enjeu est-il de proposer un contenu de plus en plus personnalisé ou de redonner de la personnalité aux journaux web qui se ressemblent trop ? Dans cet écosystème, il faut repenser le statut du designer pour qu’il ne soit plus uniquement chargé de l’aspect esthétique des sites mais ait aussi son mot à dire sur l’architecture de l’information.

 

Concilier possibilités techniques et usages
Aujourd’hui on observe un certain mimétisme des solutions graphiques choisies par les médias. Les designers et journalistes sont en effet limités par des systèmes techniques encore archaïques, les obligeant par exemple à écrire pour être référencés ou à choisir des images parce qu’elles peuvent être rapidement importées. On peut avoir l’impression d’un retour en arrière : le web nous renverrait au Volumen avec sa lecture verticale alors que l’évolution historique nous avait fait prendre le chemin de la lecture horizontale avec le Codex.
Bien que les outils utilisés contraignent les possibilités d’expression esthétique, un tournant commence à s’engager pour mieux répondre aux besoins des utilisateurs. L’enjeu principal est de parvenir à proposer des contenus adaptés à des internautes de plus en plus mobiles. Contrairement à ce que l’on dit parfois, on n’a jamais autant lu, mais les internautes modulent de plus en plus leur lecture selon la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils sont capables de lire de façon linéaire et profonde mais aussi de lire des flux d’information ou de faire du zapping.

 

S’interroger sur l’avenir de la presse en ligne du point de vue du design incite à réfléchir à la manière dont on peut renouveler les modes d’organisation de la pensée pour s’adapter à la révolution numérique.

 

Liens :

Liens vidéo :
Partie 1 :
http://www.wat.tv/video/debat-art-sup-design-presse-1erfi_2hynn_.html
Partie 2 : manquante
Partie 3 :
http://www.wat.tv/video/debat-art-sup-design-presse-1ezps_2hynn_.html
Partie 4 :
http://www.wat.tv/video/debat-art-sup-design-presse-1ezvm_2hynn_.html
Partie 5 :
http://www.wat.tv/video/debat-art-sup-design-presse-1f61x_2hynn_.html
Partie 6 :
http://www.wat.tv/video/debat-art-sup-design-presse-1f6oq_2hynn_.html

 

Conférence audio :
http://www.typogabor.com/Son/debat_presse_en_ligne.mp3

 

PDF de présentation :
http://www.my-os.net/media/2009/CP_MacMahon_4.pdf

23/03/2009

Rampazzo & Associés forme 120 journalistes

Le passage au format tabloïd du Journal de Saône-et-Loire et du Bien Public a été l’occasion de former les journalistes des deux journaux sur la nouvelle maquette et sur les changements générés par ce nouveau format.
dscf2898Nouveaux modes de traitement de l’information, rapport de proximité avec le lecteur, importance de l’image, anticipation dans la gestion de l’information, passerelles avec le Web, etc. Notre approche est fondamentalement pragmatique afin de répondre au plus près aux besoins de la rédaction et des journalistes, comme nous l’avions fait pour Presse Océan et Réforme, entre autres.

05/01/2009

Mise au point d’un nouveau système de gestion des contenus pour l’hebdomadaire « Réforme »

Rampazzo & Associés a été sollicité pour trouver un système de gestion des contenus le plus approprié pour l’hebdomadaire protestant Réforme, tout en renforçant son identité et en permettant à ses collaborateurs de travailler ensemble. Un challenge passionnant pour notre équipe !



Étape 1 : l’audit

Nous avons commencé par effectuer un audit de l’existant : fonctionnement interne, répartition du travail, responsabilités de chaque poste, matériel et logiciels utilisés… Et proposer des axes d’amélioration, en concertation étroite avec les interlocuteurs de la revue.

Notre agence s’est donné pour objectif de trouver la solution la plus adaptée aux spécificités et aux moyens de l’hebdomadaire. Il nous fallait simplifier et optimiser le circuit de la copie en proposant un outil qui permette à plusieurs utilisateurs de travailler sur le même article, sur place ou à distance, tout en ayant une vision globale de la mise en page et de son avancement. Nous devions également prendre en compte le maximum de perspectives permettant ultérieurement des passerelles et des évolutions vers des possibilités de publication multisupport (Web, archivage).

Étape 2 : une gestion de contenus centralisée

Afin de permettre une gestion centralisée des contenus (à destination des supports print et Internet), c’est une solution Adobe InDesign/InCopy/Version Cue qui a été retenue par l’équipe de Réforme. Cette solution ne représentait pas d’investissement lourd et avait l’avantage d’être connue de la plupart des futurs utilisateurs. De plus, elle offrait la possibilité de rester ouverte à toutes évolutions ultérieures, ce qui est absolument nécessaire compte tenu des avancées technologiques.

Nous avons également adapté et amélioré la maquette, en maximisant la mise en scène de l’information, en enrichissant l’éditing par des outils adaptés, en hiérarchisant l’information… Les formes de maquette ont été réorganisées pour être utilisées sans compétence « graphique » et de façon autonome par l’édition. L’export vers le web se fait de façon quasi automatisée, ce qui constitue un gain de temps important. Réforme se recentre ainsi sur ses domaines de compétence clés en sous-traitant les tâches qui ne nécessitent pas chez elle des postes à plein temps (traitement des images, suivi artistique…).

Étape 3 : accompagnement et formation

Grâce à notre expertise de la presse et de la formation, nous avons accompagné « en douceur » toutes les modifications apportées au fonctionnement habituel et à la maquette en programmant plusieurs cessions de formation et en répondant à toutes les questions des utilisateurs.

15/12/2008

Formation sur « Le renouveau de l’information locale dans la presse européenne »


Pour prolonger et approfondir le travail mené par l’agence avec la rédaction du quotidien Presse Océan (dans le cadre d’une refonte graphique), Nata Rampazzo, directeur de création de l’agence, et Werner De Schepper, consultant éditorial auprès du groupe de presse suisse Ringier Romandie SA, ex-rédacteur en chef de Blick, sont intervenus devant les journalistes de trois quotidiens du groupe Ouest France : Presse Océan (Nantes), Le Courrier de l’ouest (Angers) et Le Maine libre (Angers).

Au programme de cette journée de formation :

  • Les grandes tendances de la presse de proximité : éditing, mise en scène de l’info, rôle de l’infographie et de la photographie, mélange des genres, outils rédactionnels, rythme… Et son renouveau : proximité, urbanité, transparence, interactivité, participation et implication des lecteurs…
  • Présentation d’exemples de thèmes, de contenus d’article, de rubriques, de dossiers en provenance de journaux belges, suédois, français, italiens et suisses.
  • Des questions débattues en groupes de travail : Comment un journal peut être le lien social dans la ville et la métropole ? Recherche de nouveaux contenus d’information locale ancrés dans la société, puis simulation d’une séance de rédaction avec discussion des thèmes proposés et mise en scène de quelques idées retenues. Prolongation de ces idées sur le Web.

Nous sommes fiers de la réaction enthousiaste qu’a suscitée notre intervention :
« Un grand merci pour la formation de lundi qui a enchanté les journalistes et cadres présents.
La formule associant la découverte des pratiques d’autres journaux d’Europe et la critique constructive de contenus types du Presse Océan actuel a été très appréciée.
Et la passion des intervenants a donné la tonalité que ce contenu méritait. Le design verbal était excellent […].

» Dominique Luneau, rédacteur en chef et directeur général délégué de Presse-Océan

16/03/2007

Comment optimiser le temps de lecture ?

Nata Rampazzo avait, en 2004, effectué une intervention aux Journées Jean-François de Salles organisées autour du thème « La lecture et le temps ». Voici quelques extraits de cette allocution, dont le contenu éclairera sur l’approche de l’agence dans le design de presse.

La contrainte du temps… un impératif dès la mise en place

• Les statistiques l’énoncent clairement : chacun consacre un temps limité à la lecture, et celle d’un journal est plus minutée, plus codifiée encore (24 minutes en moyenne pour un quotidien régional, 31 minutes pour un quotidien national, 49 minutes pour la presse spécialisée (médical, juridique, économie).
• Influencée par la concurrence des différents médias, notamment la fulgurante progression de l’usage d’Internet, cette pression temporelle conduit à une exigence d’efficacité.
Le Monde publie chaque jour, hors suppléments, environ 130 informations (sujets), allant de quelques lignes à la pleine page. Un lecteur ne peut absorber la totalité des contenus, équivalant en volume à un livre de poche.
• Notons que la contrainte du temps se manifeste dès l’achat : un kiosque peut compter jusqu’à 3 000 titres : il devient indispensable d’accrocher le regard, de se différencier, de se reconnaître vite, d’annoncer et de valoriser rapidement les contenus de “une”.

Gagner du temps par un contrat de lecture

• Faciliter la navigation pour que le lecteur trouve l’information qu’il souhaite dans un temps donné, et soit ainsi conforté dans sa volonté d’achat. Il faut éviter une frustration forte (pourquoi ai-je dépensé autant si je ne peux pas tout lire ?) par une navigation efficace qui apporte l’information “ de proximité ” cherchée par le lecteur.
• Obligé de faire un tri, le lecteur attend qu’on l’assiste dans cette tâche, en lui donnant des clés ciblant le type d’information, l’univers qui l’attire. Ces clés de tri sont notamment la hiérarchie mais aussi les modes de traitements.
• Cette prise en charge du lecteur est exemplaire dans la presse des gratuits : hiérarchie et repérages maximums, textes courts, outils rédactionnels multiples… qui optimisent sur chaque page l’organisation de l’espace et du temps.
• Cette organisation fonde un véritable contrat de lecture dans lequel les habitudes de repérage visuel du lecteur seront respectées. Stabiliser ces habitudes est un enjeu fort. C’est tout l’objet d’une charte rédactionnelle et graphique.

Comprendre et satisfaire les modes de lecture

Le design de presse, discipline à la jonction du journalisme et des arts graphiques, doit intégrer les réflexes du lecteur et, en premier lieu, les différents modes de lecture par lesquels il s’approprie progressivement (ou non) les contenus :
• La lecture globale, ou survol au feuilletage : une, rubriques, titraille, illustrations, signatures, rendez-vous (dessin, chroniques…),
• La lecture zapping : rubriques, titraille, chapeaux et intertitres, photos et légendes, les outils type encadrés,
• La lecture linéaire, du début à la fin du texte : incidence de la typographie, enchaînement logique et taille des colonnes.
• Face à ces différents modes de lecture, nous avons l’habitude d’examiner la conception d’une maquette sous deux axes : lecture horizontale, lecture verticale.
Mais avant toute chose, les choix typographiques qui ont une importance… capitale.

La typographie et ses règles : l’essence de la lisibilité

L’art de la lecture est d’abord lié à la forme. La typographie, c’est-à-dire concevoir et fabriquer les textes, influence directement la rapidité d’acquisition du lecteur.
• Choix des typographies : des familles de caractères différentes pour les titres (bâtons, avec taille et graisse en rapport avec leur fonction d’appel) et les textes (elzévir, ou à empattement, plus lisibles) ;
• Taille et type des caractères : en dessous du corps 9, tout caractère est difficile à lire ; les minuscules se lisent mieux que les capitales, des lettrines, ou des signes en début de paragraphe (flèches, puces…), accusent le départ et accélèrent le repérage ;
• Les niveaux de titres : un sous-titre bien mis en valeur met le lecteur en appétit… de même que de nombreux intertitres l’aident à avancer ;
• Les lignes creuses augmentent le taux de lecture, sauf en bas de colonne où elles soulignent l’arrêt ;
• La largeur des colonnes influence directement la vitesse de lecture (en deçà de 3,6 cm et au-delà de 16,7 cm, on lit moins vite…).

Vive la hiérarchie : pourquoi hiérarchiser l’information ?

Toute information doit être identifiée par son importance hiérarchique, c’est-à-dire :
• Un emplacement dans le déroulé du journal,
• Un format de traitement, rédactionnel et graphique,
• Une surface dans la page, en nombre de colonnes et en hauteur modulaire.
Ceci conduit à définir le statut hiérarchique de chaque information. Avant d’écrire, chacun doit savoir où il va écrire dans une construction donnée par chaque page, déterminant des règles de présentation inamovibles.
• Alterner les angles de traitement rédactionnel, afin de conserver l’intérêt du lecteur.
• Rythmer un journal avec des repères de lecture horizontaux forts : les pages d’ouverture de séquence, surmontées d’informations en balcon, y contribuent.
• Penser aux vertus de l’information par l’image car, avec les titres, les images et leur légende sont les premières informations perçues par le lecteur.

Améliorer la lecture horizontale par une navigation claire, agréable et rythmée

• Clarté : rendre accessible les contenus en soulignant l’architecture du journal (sommaire et rubriques,mini-sommaires en ouverture de section, signalisation des rendez-vous). L’utilisation de la couleur a aussi son rôle (différenciation des rubriques, fond de pages).
• Agrément : prodiguer un confort visuel par la gestion des blancs, les choix typo, l’utilisation de la couleur pour typer de pages, une gestion harmonieuse des publicités (pas de confusion avec les rédactionnels, définir une grille modulaire commune avec les rédactionnels), la création de circuits visuels simples à l’intérieur des pages.
• Rythme : gérer l’ordre d’apparition des différents types de sujets pour créer des changements de vitesse dans la lecture et réactiver l’attention : éviter l’effet tunnel par des changements de colonnages, des variations de systèmes d’ouvertures de section.
• Les 2 H : faire côtoyer l’horrible et l’heureux sur un même page = expression de la vie, de ses hauts et de ses bas. De même pour l’information, chaude ou froide : mixez les deux, et vous aurez des lecteurs heureux…

Améliorer la lecture verticale : travailler les niveaux d’appel

• Lecture verticale efficace signifie également, outre des choix typographiques installant un vrai confort de lecture, une organisation hiérarchique des éléments dans la page, un vrai travail sur les différents niveaux d’appel :
• Étagement de la taille des titrailles, modes de traitements variés et identifiés(impact et style des titres, surtitres et chapeaux, intertitres)…,
• Choix dans le calibrage et l’ordonnancement papiers (leaders/sous leaders),
• Gestion de l’image (choisir plutôt une grande et une petite que deux moyennes),
• Colonnage structuré (filets/pas filets ?), une grille souple et un système modulaire,
• Outils / clés de lecture (chiffres clés, relance, baromètre, agenda, brèves…),
• Outils correspondant à la culture (télé)visuelle des lecteurs (pictos, infographies),
• Utilisation de la couleur (soutien aux photos, repérage des outils).
Tous ces éléments contribuent, comme dirait Edgar Morin, à un principe de “récursion organisationnelle” : dans une page où les éléments d’information sont éclatés, chacun doit accrocher le regard, permettre un choix de lecture, donner envie de lire l’article, mais aussi contribuer à l’identité du média, à structurer la page…

L’objet, l’identité… et une certaine “divine folie”

L’efficacité d’un journal résulte aussi de considérations liées à l’objet : format, pagination, présence de suppléments, rapport texte/image global. Une réflexion : Le format tabloïd est tendance… car efficace – prise en main pratique, adaptée à des lecteurs urbains (métro, bus, train…), et propice à une gestion modulaire des traitements et des problèmes de rythmes (lectures horizontale et verticale). Une question : quelle identité graphique pour quel lectorat ?
• Quotidien régional (ex La Montagne) : promouvoir une info locale vivante (politique de l’image, légendes, outils) et mise en perspective (du local au global) ;
• Bimestriel (Senso, L’Amateur…) : plus de photos, plus de blanc (élégance, confort) ;
• Féminin/Luxe (Série Limitée, Elle déco) : moins de surcharge graphique et typo, gestion de l’image : une vraie tension entre visuels et publicité, une vraie gestion des formats photo, simplicité et logique d’accès à l’information essentielle.
Des surprises graphiques efficaces (cf relookage de Libération) : navigation et gestion de l’image améliorées + une typo script ludique, fidèle à l’esprit du titre… Pour que le lecteur continue à trouver des surprises au fil des pages, mais aussi les trouve plus vite…

La maquette dans le temps : méthode et confiance

Retouche/refonte graphique, les effets de mode et la méthode : la refonte d’une maquette est régulièrement nécessaire. Mais c’est un travail qui s’inscrit dans le dialogue, dans une relation globale.
• Le véritable talent d’un “art editor”, comme disent les Anglo-Saxons, est de faire de l’information, pas de l’art.
• Vendre un journal dont la forme graphique serait rénovée mais dont les contenus n’auraient pas évolué, revient à dire à l’acheteur d’une voiture neuve que sous la nouvelle carrosserie se cache le moteur de son ancien véhicule.
• De la pérennité de l’imprimé : Roger Black, designer américain, a récemment souligné que si le papier continue à savoir raconter des histoires de manière efficace, il n’a pas de raison de s’inquiéter pour sa survie. Simplement, il faut être visuel et narratif : les jeunes, vos lecteurs de demain ont grandi avec la télévision. Et il faut pister les nouveaux comportements : sous l’influence d’internet, on remarque plus de textes courts, de renvois à des références, de petits encadrés, voire une baisse des tailles de caractères, l’utilisation fréquente des caractères bâton (type Verdana) mais aussi la création de nouveaux modes de navigation (passerelles vers le web, la télé…).

18/11/2004

Conférence sur l’évolution de la presse en petit format

Nata Rampazzo et Luc Legay sont intervenus aujourd’hui lors de la conférence « Faire naître et évoluer un journal en petit format » coorganisée par l’Ifra, l’Esj-Médias et la SND les 18 et 19 novembre 2004 à Bercy Expo, Paris.


L’intervention intitulée : « Maîtriser le rythme dans la presse magazine ou quotidienne » a pour but de sensibiliser les rédactions au rôle crucial du rythme dans l’organisation des journaux. Tout spécialement lorsqu’une réduction du format est à l’ordre du jour.
Avec l’augmentation de la pagination qui découle de la réduction du format, l’organisation du rythme devient en effet une composante essentielle pour l’impact de l’information.

01/11/2004

Maîtriser le rythme dans la presse magazine et quotidienne

Le rythme : un enjeu pour les formats compacts

Le rythme est une composante incontournable dans l’organisation de l’information en presse magazine. Pourtant c’est, aujourd’hui encore, une notion quasi absente dans la plupart des rédactions de quotidiens.

C’est au milieu du 16e siècle que le terme rythme a intégré la langue française. Initialement, cette transposition du vocable grec rhuthmos visait à différencier la poésie, et ses temps forts distribués régulièrement, de la prose. Ce n’est que deux siècles plus tard que le rythme a investit l’écriture musicale, puis d’autres domaines par extension. Que le mot rythme soit utilisé pour caractériser un support écrit, sa structure, ses différences d’intensité, est donc tout à fait légitime… même si aujourd’hui, dans la presse, le rythme évoquera plutôt le rythme de la saisie, le rythme des relectures, le rythme de rotatives. Un rythme qui s’accélère toujours jusqu’à l’heure bouclage.

Ce rythme qui paraît envahir le monde de la presse est plus que jamais présent dans notre vie de lecteur. Il devient même une composante essentielle dans nos choix de lectures. Télévision, radio, e-mail, téléphonie mobile, presse gratuite. L’information est partout et la surcharge d’information est le symptôme de nos excès.

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La réduction du format des quotidiens conduit-elle à une réduction de l’information ?

Dans notre société, les rapports hiérarchiques ont toujours été des rapports verticaux.

Dans le journal, la hiérarchisation de l’information se construit aussi principalement de façon verticale.

Aujourd’hui avec la réduction constante des formats de lecture (en surface de papier mais aussi en surface d’écran avec le wap et l’i-mode) la hiérarchisation de l’information doit se construire de plus en plus horizontalement, c’est-à-dire de moins en moins dans l’espace et de plus en plus dans le temps.

Dans un format compact, l’information ne s’organise plus seulement dans la page, mais de plus en plus dans la double page et dans toute la longueur du déroulé.

Pour un même volume d’information publié, on est mathématiquement conduit à tourner deux fois plus de pages dans un tabloïd de 64 pages que dans un grand format de 32 pages.
La composante rythmique de l’acte de lecture – par le feuilletage – prend donc plus d’importance en petit format. Le rapport physique du lecteur avec l’objet lui-même devient plus fréquent.

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Le rythme de l’évolution conduit aujourd’hui l’homme moderne à évoluer vers le format compact

Le lecteur passe ainsi d’une relation distante à une relation de proximité. On constate que l’on a tendance à poser le grand format sur la table pour lire plus facilement. Le contact physique n’est pas consommé avec la même fréquence ni la même intensité qu’à travers le petit format. Le format compact fait entrer le lecteur dans une relation plus intime que le grand format. Comme avec les nouveaux objets technologiques, téléphone portable, assistant personnel, l’utilisateur entre dans un rapport presque charnel avec son journal.

De ce nouveau rapport entretenu entre le lecteur et son journal découle tout naturellement la nécessité de conserver cette relation dans la durée.

C’est bien le but et l’ambition de l’approche rythmique du journal.

La métrologie du rythme : une représentation graphique du déroulé

Le rythme du journal se mesure-t-il ? Ce qui est un simple sentiment a-t-il une réalité mesurable ?

Puisque toute métrologie doit s’appuyer sur une unité de mesure, quelle serait l’unité de mesure du rythme dans la presse ?

Chez Rampazzo, nous nous sommes toujours attaché à relier notre métier à une certaine rigueur technique. C’est important dans un domaine ou 90% de la production repose sur la créativité des équipes. Créativité qui, par définition, n’est ni normalisable, ni prévisible.

Proposer une grille de lecture du rythme du journal revient à donner une certaine rationalité scientifique à notre perception d’un nouveau projet.

Avant chaque réorganisation de chemin de fer d’un périodique, nous dressons un graphe éditorial.
Dans cette représentation graphique du déroulé, notre unité de mesure du rythme c’est le texte courant.

Tout élément présent dans la page est donc rapporté à son équivalence en signes de texte courant. La photo, la titraille, les surfaces publicitaires, sont rapportées, dans notre grille, à leur équivalence en nombre de signes. On en déduit la longueur des barres. Les surfaces de chaque élément sont mesurées par double-page. Chaque colonne sur le graphique représente une double page.

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Le graphe éditorial permet une représentation graphique du déroulé. Ici réalisé avant la refonte du journal

La longueur des barres est proportionnelle à la surface occupée par les éléments représentés : texte (en gris), photos, titres, surfaces publicitaires. L’absence de variation cyclique, régulière et marquée, dans la hauteur des barres colorées met en évidence le manque de rythme du déroulé.


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Graphe éditorial d’un numéro du magazine Challenges conçu par Rampazzo & Associés (Cliquez l’image pour l’agrandir)

Dans le graphe ci-dessus on a choisi de représenter à l’horizontale les barres de texte courant pour visualiser le temps de lecture. Dans cet exemple, le rythme éditorial est réglé en tenant compte l’importance des surfaces publicitaires (en cyan).

Plus le déroulé est long, plus on attachera de l’importance au sommaire. Les plus gros défauts d’organisation des journaux que nous sommes amenés à réorganiser sont visibles, la plupart du temps, à travers leur sommaire.

Au-delà du travail du rythme dans la page, puis dans la double page, il faut que ce rythme de page, ou de double-page, s’insère dans un rythme global où l’intérêt du lecteur doit-être relancé à intervalles réguliers. Le témoignage des lecteurs du Télégramme de Brest qui demandent des papiers plus longs démontre la nécessité du rythme et de l’alternance des formats d’articles dans la presse.

Respiration, mouvement, temps, récurrence, écriture : les corrélats du rythme

Ces mises en scène graphiques du déroulé permettent surtout de prendre du recul face aux contenus du journal. Et de percevoir ce que le chemin de fer ne met pas toujours en évidence. Le graphe éditorial nous permet d’aborder, avec les éditeurs et les rédactions, des notions fondamentales rattachées au rythme et souvent oubliées.

Car concevoir son journal en intégrant le rythme c’est aborder la perception temporelle du journal.
Le tempo, le cycle de vie, la périodicité, la régularité des rendez-vous, la récurrence des rubriques, l’alternance des genres rédactionnels…

Organiser son journal en intégrant le rythme c’est aussi aborder la perception spatiale :
Le rythme c’est l’alternance du blanc et du noir, c’est l’alternance de la couleur. Le rythme c’est la structure, la grille, l’organisation du mouvement dans l’espace. C’est l’équilibre entre le texte et l’image, entre le rédactionnel et la publicité.

Maîtriser l’orchestration de la chaîne rédactionnelle et graphique est aussi affaire de rythme. Le rythme c’est la règle, le style, l’écriture, la respiration, l’éditing. C’est le découpage didactique du sujet traité en plusieurs articles de formats plus courts.
Sans rythme pas de respiration possible dans le journal. Sans rythme pas de pulsation cardiaque, pas d’émotion.

L’orchestration du rythme dans le journal : rock ou tango ?

Qui dit rythme dit évidemment musique. Pour nous, la mise en musique du déroulé s’organise comme une partition musicale.

Les règles d’harmonie nous permettent de poser les accords.

C’est l’organisation verticale de la musique. On accorde les sons. C’est la mise en page verticale de l’information dans l’espace de la page.

La grille modulaire dans le journal permet de fixer les règles d’harmonie du rythme en presse magazine et quotidienne

La ligne mélodique dans la partition

Composer les sons dans la durée, sur l’horizontalité de la portée musicale, c’est la mélodie. Avec la mélodie, on raconte une histoire. Ce sont les contenus du journal.

La partition, dans son ensemble, organise, dans l’espace et le temps, l’harmonie et la mélodie.

Comme la partition en musique, le chemin de fer organise le journal dans l’espace et le temps

Espace et temps que, depuis l’Antiquité, l’on pensait être deux milieux distincts, se sont révélé être, avec la théorie de la relativité d’Albert Einstein, un seul et même milieu : l’espace-temps. L’Univers et nous-même évoluons dans ce milieu indissociable à quatre dimensions. Et avec nous le lecteur n’échappe pas aux lois de la physique.

A la suite d’Albert Einstein nous pouvons inventer enfin la théorie de la relativité de l’information. Postulons que les contenus existent et s’organisent par la forme comme le temps existe et s’organise par l’espace. Et qu’ils sont indissociables l’un de l’autre.
Pour organiser le rythme par la forme des contenus nous devons mettre en place les repères et les balises de navigation dans l’information.

Pour poursuivre l’analogie de la maquette avec la musique et l’orchestration, nous pouvons distinguer les instruments mélodiques et les instruments rythmiques.

Les instruments mélodiques sont ceux que l’on connaît bien dans la rédaction, ce sont ceux qui racontent une histoire. C’est l’article, l’encadré, le titre, le surtitre…. En général la mélodie est l’objet de toutes les attentions.

En revanche les instruments rythmiques sont souvent négligés. Pourtant les outils visuels sont perçus en premier par l’œil dans la navigation. Les têtières, les cabochons de rubrique, les photos, les cartes, mais aussi le blanc, qui donne la respiration, sont les instruments rythmiques du journal.

Notre grand principe pour le journal : un soliste dans chaque page. Que ce soit le titre, la photo, ou l’article lui-même, chaque page doit toujours mettre en avant son soliste, son leader.

Le journal doit-il jouer une partition de Rock & Roll, de Salsa ou de classique ? Le rôle des bons designers d’information se résume en somme à trouver la bonne grille rythmique et les bons solistes.

Le rythme au-delà du déroulé

Le rythme au-delà du déroulé ce sont des rendez-vous réguliers avec le lecteur. Mais également une régularité dans la qualité des enquêtes et dans le travail d’investigation.
C’est aussi la capacité d’étonner le lecteur. Donc de créer des ruptures en innovant tout aussi régulièrement. Suivons en cela la recommandation de Peter Rothenbüler du Matin qui propose à sa rédaction de créer une nouvelle rubrique tous les trois mois, et de remettre en question la maquette tous les deux ans.

    Nata Rampazzo et Luc Legay
    Intervention faite à Paris-Bercy le 18 novembre 2004 dans le cadre de la conférence sur l’évolution du format en presse quotidienne organisée par l’Ifra, l’ESJ-média et la SND.