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15/3/2012

La lisibilité sur écran : comment l’améliorer ?

Sur Internet, 95% du contenu est du texte. Partant de ce constat, on comprend vite que, dans la création de sites Web, il est essentiel d’accorder une grande attention à la lisibilité du texte, c’est-à-dire à sa capacité à être compris par le lecteur.

La lisibilité dépend de plusieurs facteurs complémentaires : le choix de la ou des polices de caractères, la mise en forme des textes, la structuration des contenus dans la page et du site dans son ensemble, la rédaction. Sur un support imprimé, le respect de règles pour chacun de ces facteurs peut garantir une bonne lisibilité. Sur le Web, des obstacles se rajoutent : l’aspect du texte se modifie en fonction du système d’exploitation, du navigateur et de la résolution de l’écran du lecteur, ainsi que des polices disponibles sur son poste. De plus, non seulement le support informatique transforme le texte, mais la lecture elle-même change. Alors que la lecture sur papier procède par séquence, du haut au bas de la page, sur l’écran, on effectue un scan de la page à la recherche de points de repère. L’œil passe rapidement d’un contenu à l’autre, d’une page à l’autre, en fonction de l’information recherchée.  La capacité à lire des textes longs diminue et l’on privilégie des textes courts.

Autant de changements affaiblissent la lisibilité d’un texte sur écran par rapport à celle d’un texte imprimé. Même s’il a été démontré qu’avec le progrès technologique, l’écart de vitesse se réduit, la lecture sur le Web demeure plus pénible et fatigante.

Que faire?

Ces obstacles imposent une révision des critères de la lisibilité. C’est pourquoi, lors de la conception de sites web, il essentiel de maîtriser correctement l’art de se servir des caractères pour conférer à l’information une forme écrite, en d’autres mots : la typographie. Son but est de rendre un document intelligible et lisible, tout en soignant l’esthétique de la page dans son ensemble, et son efficacité influence directement la rapidité d’acquisition du lecteur. « Le design n’est pas inhérent à l’aspect. Il est inhérent au fonctionnement », avait d’ailleurs affirmé Steve Jobs, le fondateur d’Apple.

De quoi faut-il donc tenir compte pour qu’un texte soit agréable à lire? Comment l’organiser dans un page pour qu’il donne envie au lecteur de le suivre, en évitant tant que possible la fatigue visuelle? Voici les bonnes pratiques et les conseils techniques à suivre.

D’abord : le choix des polices

Une étape primordiale de la conception graphique d’un site est le choix des polices. En théorie on peut utiliser n’importe quel caractère, mais il faut veiller à ce qu’il soit disponible sur le poste de l’internaute et qu’il soit lisible à l’écran.

Les polices se divisent en « serif » ou « sans serif ». Dans une police avec empattements (serif), on distingue des petites pattes qui prolongent la fin des traits d’un caractère, qui sont censées guider l’œil dans la lecture. Une police sans serif présente des caractères tracés uniquement par des lignes et des barres basiques.

On a longtemps considéré que seules les polices sans serif permettaient la lecture sur écran. En effet, sur un vieil écran avec une résolution médiocre de 600 x 400 pixels, lire une police avec serif était presque impossible. Les caractères étaient mal définis et les empattements pixélisées. On a donc longtemps privilégié des polices sans serif (Verdana, Arial, Helvetica, Tahoma, etc.) ou avec serif optimisées pour les écrans (Georgia). Aujourd’hui, le problème des empattements n’existe presque plus, parce que les écrans ont des résolutions plus performantes.

Pour avoir la certitude d’utiliser une police installée par tous les navigateurs, il convient d’en choisir une « web-safe », comme Arial, Times New Roman, Verdana, Georgia, Lucida, Courier New, etc. Mais cela ne suffit pas. En effet, grâce à Css (ou feuille de style en cascade, un langage informatique qui définit la présentation des pages HTML), le développeur demande à l’ordinateur de sélectionner une suite de fontes (une famille) de la plus spécifique à la plus générique. Le navigateur va donc tenter d’afficher les pages avec la police souhaitée ; sinon, il essayera les autres de la famille, jusqu’à ce qu’une soit disponible.

Il est donc important de bien choisir la famille de polices. Voici quelques exemples[1] :

Polices à empattements (serif)

font-family: “Times New Roman”, Times, “Liberation Serif”, FreeSerif, serif;

font-family: Georgia, “DejaVu Serif”, Norasi, serif;

Polices sans empattements (sans-serif)

font-family: Arial, Helvetica, “Liberation Sans”, FreeSans, sans-serif;

font-family: “Trebuchet MS”, Arial, Helvetica, sans-serif;

font-family: “Lucida Sans”, “Lucida Grande”, “Lucida Sans Unicode”, “Luxi Sans”, sans-serif;

font-family: Tahoma, Geneva, Kalimati, sans-serif;

font-family: Verdana, “DejaVu Sans”, “Bitstream Vera Sans”, Geneva, sans-serif;

font-family: Impact, “Arial Black”, sans-serif;

Polices à chasse fixe (ou monospace, désignant la largeur fixe des caractères ; utilisées par les développeurs pour l’affichage de codes)

font-family: “Courier New”, Courier, “Liberation Mono”, monospace;

font-family: Monaco, “DejaVu Sans Mono”, “Lucida Console”, “Andale Mono”, monospace;

D’après la même source, la composition d’une famille de polices doit, au-delà de proposer des fontes web-safe, rassembler des caractères proches non seulement par leur style, mais aussi par leur taille, la largeur relative des caractères, etc. Ainsi, placer Arial et Verdana dans une même collection est une erreur: Verdana est plus haute et beaucoup plus large. En revanche, on substitue facilement Arial à Trebuchet, bien que le style d’Arial soit sensiblement différent.

La contrainte de la disponibilité des caractères va néanmoins peser de moins en moins. Grâce à une nouvelle commande Css, le @font-face, le développeur peut désormais demander à l’ordinateur d’envoyer une police spécifique à tous les postes, et cela indépendamment du fait qu’elle soit disponible ou pas sur le système de l’internaute.

Le corps (ou taille) du texte devrait se situer entre 12 et 16 pixels (px), avec une exception pour les notes, dont la taille peut descendre à 10px. Une valeur de 16px peut paraître très grande, mais elle correspond à peu près à un corps de 11 points sur papier, qui garantit une bonne lisibilité. Il faut donc faire attention à ne pas diminuer systématiquement la taille, cela ayant pour conséquence une perte de lisibilité.

Quelle que soit la police choisie, pour garantir une bonne lisibilité il faut s’assurer qu’elle a une hauteur d’x confortable. La x indique la hauteur du tracé d’un caractère en minuscules, sans hampe ni jambage, tel qu’il est imprimé. Les polices sans serif et celles qui sont optimisées pour les écrans ont une hauteur suffisamment grande.

On peut définir la taille des caractères en valeur absolue. Mais il existe aussi une définition en taille relative, ou em. Celle-ci permet l’adaptation des caractères aux résolutions et aux paramètres de l’utilisateur, en évitant le risque que les lignes se chevauchent. Cela facilite l’accessibilité aux pages.

L’utilisation de polices distinctes pour différencier les contenus (titre, chapô, texte, intertitres, légendes, encadrés, liens, etc.) est très recommandée. La lecture sur écran, du fait qu’elle procède par scan, requiert des points de repère bien visibles : la mise en évidence des différents niveaux de lecture favorisera une bonne lisibilité. Par le contraste entre caractères, le lecteur trouvera plus facilement l’information recherchée.

Ensuite : la mise en page du texte

La mise en page du texte ne peut se passer d’un élément essentiel: le rythme vertical. Il s’agit de l’organisation de l’espace et de l’arrangement du texte dans la page. On parle de rythme parce qu’il confère harmonie et stabilité à la page. Cela améliore la lisibilité en facilitant le suivi du texte et apporte une certaine cohérence stylistique.

Concrètement, le texte doit s’aligner dans une grille de référence qui met en étroite relation la hauteur de ligne et celle du corps du texte : la hauteur de ligne de n’importe quel élément devra être un multiple de la hauteur de base pour que le rythme soit respecté. Les marges entre les paragraphes doivent eux aussi s’adapter à ce rythme.

L’interlignage, la distance qui sépare les lignes de base de deux lignes de texte, est un élément capital du rythme vertical. Pour qu’un paragraphe soit lisible, il faut que le texte respire, que l’on distingue bien les lignes. La hauteur de ligne va influer sur « l’aération » du texte. Le graphiste Peter Gabor explique justement que « serrée, la composition se densifie ; lâche, elle se clarifie et devient aérienne ». On peut considérer qu’un bon interlignage est compris entre 140% et 150% par rapport au corps de la fonte utilisée. Le texte peut être ultérieurement aéré en plaçant des espaces blancs sur chacun de ses côtés.

Il faut aussi éviter les lignes trop longues. Une justification de 65 signes par ligne semble correcte. Si la justification est trop importante, le lecteur aura du mal à repérer la ligne suivante à chaque saut de ligne. De fastidieux « couloirs » de blanc pourraient également se former dans le paragraphe. Pour trouver le bon compromis, il existe une méthode simple, celle du typographe Robert Bringhurst, qui consiste à multiplier la taille de la fonte par 30. Par exemple, si corps de texte est en 14px, la justification sera de 420px.

Le contraste des couleurs joue aussi un rôle important. Il faudra éviter les contrastes trop nets, comme du texte noir sur un fond blanc, qui brouille légèrement la vue. Des contrastes moins forts favoriseront une bonne lisibilité, à condition que les couleurs choisis ne se ressemblent pas trop.

Adaptation aux différents contextes de lecture

La problématique de la lisibilité se complique sensiblement par la multiplication des supports. L’interface d’un site (son organisation visuelle) doit en effet pouvoir s’adapter aux différents terminaux : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, iPad et autres tablettes, iPhone et autres smartphones.

Pour faire en sorte que le contenu soit lisible sur tous les supports, il est donc nécessaire de créer des feuilles Css pour chacun d’entre eux. La définition de feuilles Css pour les sites mobiles doit tenir compte de deux problèmes : une résolution moins importante et une connexion souvent moins rapide que sur PC. Un contenu simplifié et optimisé est donc indispensable, ainsi que des pages légères en chargement. La navigation tactile requiert d’avantage de simplicité dans la construction de la page : il faut éviter des colonnes multiples de contenus et afficher les contenus empilés dans une seule colonne facile à parcourir. Des gros caractères, larges et lisibles, sont à privilégier : même si l’écran est petit, les polices ne doivent pas l’être pour garantir une bonne lisibilité. Les fichiers Flash player sont à oublier pour des nombreux smartphones, et surtout pour l’iPhone, qui ne l’affiche pas du tout.

Cela dit, rien n’empêche un smartphone, par exemple, d’afficher le contenu défini par une feuille de style pensée pour un site Web mais, dans ce cas, l’affichage du contenu ne sera pas adapté aux dimensions de l’écran, pénalisant ainsi la lisibilité.

 

Francesca Motta pour Rampazzo & Associés


8/4/2010

IPad : l’incertitude et l’intérêt du col roulé, par Nata Rampazzo et Nicolas Rodriguez Galvis

Posté depuis mercredi 7 avril sur le site lemonde.fr, les réactions après la sortie de l’IPad sur les perspectives d’utilisation du nouveau produit d’Apple dans la presse française.

lire l’article sur le site du monde.fr ou retrouvez cet article sur notre site ci-dessous.

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9/2/2010

La montée du journalisme hyper local

Il n’est pas sûr que les précurseurs du journalisme « hyper locale » aient lu la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, de l’écrivain Georges Perec, mais il est légitime de se poser la question. En 1974, Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. À différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Il a noté soigneusement les mille petits détails inaperçus qui font la vie d’une grande cité, voire d’un quartier, d’une place, d’une rue. ” Ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages “, écrit Perec, à savoir que ce « rien » est la quotidienneté et qu’elle est toujours porteuse de centaines d’événements divers.

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La cinquième feuille du trèfle

L’artiste et l’inconnu à l’ère des nouvelles technologies

« Quand les souliers font mal, bon signe. »
Julio Cortázar

Aujourd’hui, l’art et ses langages contemporains sont confrontés aux nouvelles techniques de communication et aux flux numériques d’informations et de savoirs. L’artiste qui se plaignait, jusqu’il y a quelques années, de ne pas connaître, de ne pas être au courant des œuvres de ces camarades de création éparpillés dans le monde peut, sans grande peine, se faire l’idée un panorama exhaustif en faisant quelques clics.

Mais qu’est ce que cela implique au juste ? D’une part, que l’artiste – le créatif -, français, sud-africain, indien ou espagnol peut désormais suivre les évolutions d’un domaine de création sans devoir forcément se confronter aux frontières nationales. Cet effacement des frontières qui crée, en même temps, une attitude penchée vers le mouvement, vers la compréhension de l’autre, ne peut être que bénéfique pour des processus créatifs qui se nourrissent du métissage, des échanges mais aussi de nouveaux outils de création.

De l’autre part, la perception d’un unique « monde en réseau » peut entraîner un sentiment de « perte d’identité » et, surtout, une attitude blasée où l’artiste, qui a déjà « tout vu », « tout entendu » « et tout expérimenté », se distancerait des notions de stupeur et d’émerveillement face à une œuvre nouvelle.

Le mouvement et le changement se confrontent ainsi à la stagnation et à l’ordre établi. Parce que, comme le rappelle l’écrivain Julio Cortázar, « ce qui est véritablement nouveau fait peur ou émerveille : deux sensations également proches de l’estomac qui accompagnent toujours la présence de Prométhée ; le reste, c’est la commodité, ce qui est toujours plus ou moins bien ; les verbes actifs contiennent le répertoire au complet. »

Dans la création –comme dans la vie, faudrait-il ajouter -, il faut se confronter à l’inconnu. « J’en ai assez de parler du présent », chante Tom Waits. Et les futures formes et outils de création ne rêvent que du futur. Dans la création, pour fuir le conformisme, il faut chercher la tangente au lieu de parcourir les chemins et les raccourcis déjà tracés. Cortázar encore : trouver « la tangente qui fait voler le mystère en éclats, la cinquième feuille du trèfle. Entre oui et non, quelle infini rose des vents. »

Les nouveaux outils technologiques dont nous disposons aujourd’hui sont une incitation à l’expérience pour engranger non pas un, mais des processus créatifs. Les échanges culturels sont là pour greffer et multiplier les arts émergents. Parce qu’il n’y a pas mieux que chercher ce qu’on ne connaît pas, même si c’est pour trouver ce qui a toujours été là et qu’on n’avait jamais vu.

Nata Rampazzo et Nicolas Rodriguez Galvis pour Rampazzo et Associés

7/2/2010

Le papier, le journalisme, les crises et les amours par Nicolás Rodríguez Galvis

La presse-papier quotidienne est malade, gravement malade. Des médecins des grands groupes de médias, des spécialistes des organisations professionnelles, des infirmiers des syndicats des journalistes déclarent sans faute que l’état de santé de la presse papier est précaire et en inquiétante dégradation. Cependant, ce discours, qui se balade aisément entre évidences, larmes forcées et résolutions sans portée ne propose que très rarement des solutions sans délai et qui prennent en compte les principaux problèmes de la presse.

Les gros titres s’enchaînent et demandent successivement : « Va-t-on vers la fin de la presse papier ? », « La fin du papier ? » « Vers la fin du papier, quoi faire ? »… Tout le monde dit que c’est la faute d’Internet, ce nouveau média florissant qui paraît indétrônable. D’autres disent, qu’en plus d’Internet, les grands quotidiens nationaux français sont menacés par la percée foudroyante de la presse gratuite. Et il faut dire qu’ils ont raison. Les chiffres sont là pour le prouver. En 2008 les ventes de la PQN ont chuté de 3% par rapport à l’année précédente et les gens (surtout le lectorat jeune) s’informent de plus en plus sur Internent.

Un constat donc : les journaux imprimés se vendent moins qu’avant. En Europe et aux Etats Unis, en tout cas. Par contre, en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, d’après les données de la WAN (World Association of Newspapers) la tendance paraît être plutôt inversée. En effet, dans 100 des 182 pays (où la WAN possède des données fiables), la circulation de journaux papier à augmenté de 9% en 5 ans. De même, globalement 1.9 milliards de personnes lisent un journal au quotidien, soit 34% de la population, tandis que 24% seulement utilisent l’Internet.

Ainsi, nous avons des cas extraordinaires quant aux ventes de quotidiens papier, comme celui de l’Inde où 107 millions de journaux sont vendus par jour. Nous pouvons dire que le cas de l’Inde (comme celui de la Chine, d’ailleurs, qui se situe juste derrière en vente de journaux) est tout à fait exceptionnel. Que ce sont les publications non-anglophones qui vendent le plus, ou qu’une grande partie de la population n’a pas accès à l’Internet et que ces chiffres faramineux ne peuvent pas être comparables avec ceux de l’Europe. Mais d’autres pays, avec des comportements sociétaux hyper numérisés, comme le Japon, par exemple ou la Norvège, vendent aussi beaucoup de journaux papier (612 ventes pour 1000 adultes au Japon, et 576 pour 1000 en Norvège).

Or, il est certain que la presse papier du XXI siècle devra s’adapter au nouveau siècle et à ses nouvelles technologies.

Depuis 10 ans, la quasi-totalité des journaux se sont dotés de sites Internet pour attirer (ou conserver) des lecteurs. Le raisonnement de base était de croire que le nouveau business numérisé compenserait les pertes du journal traditionnel. Le paradoxe est que les versions on-line des journaux sont généralement consultés par des millions des lecteurs mais ce sont des lecteurs qui n’apportent que très peu de revenus au journal. D’une part, la plupart de sites d’information sur Internet sont gratuits (ou, en tout cas, on peut facilement trouver l’information qu’on veut gratuitement) et, de l’autre part, la plupart de revenus publicitaires du Web sont récupérés par les moteurs de recherche (avec Google aisément en tête) et non pas par les journaux.

Par rapport à cela il faut souligner le fait que la presse écrite ne repose pas sur un mais sur trois modèles économiques, souvent reliés entre eux par le support papier (info, publicité et services).  Ainsi, le lecteur, qui s’intéresse au contenu, à l’information du journal, et les annonceurs à la publicité, qui peut intéresser le lecteur. De plus, avec l’importance quotidienne qu’a Internet aujourd’hui seulement l’innovation dans le papier ET sur le Web permettront aux éditeurs de survivre : la transposition à l’identique du papier vers le Web ne fonctionne pas. Les versions Internet des quotidiens papier doivent servir non seulement comme complément des informations mais aussi comme une extension des mêmes. Les qualités interactives du Web (multimédia, vidéo, photo…) doivent être utilisées pleinement en pensant directement au lecteur Internet et pas seulement au lecteur papier. Le papier, quant à lui, doit garder sa condition de valeur ajoutée, d’objet qu’on veut avoir entre nos mains.

Parce qu’il est très possible que le papier restera au cœur de la presse pendant longtemps. À chaque fois qu’un nouveau média arrive, on prédit la mort du précédent. Mais, ni la radio à éliminé le papier, ni la télévision la radio, ni le cinéma la télévision. Par contre, et nous pouvons penser le même par rapport à la percée fulgurante de l’Internet, ce qui est toujours arrivé est que le nouveau média oblige à l’ancien à mieux se définir, à abandonner ses caractéristiques et ses fonctions moins significatives.

Par rapport à cela nous devons nous demander : qu’est ce que le lecteur veut d’un journal papier du XXI siècle ?

Il n’est pas dupe de penser que dans un moment où les médias sont saturés par un excès d’information mal organisée (plus ou, surtout, moins relevant) les lecteurs veulent des critères de sélection conséquents.  Ce qui doit être traité dans les versions papier doit être analysé en détail, même si cela veut dire qu’il y aura moins d’histoires traitées. Ce qui doit apparaître dans les Unes doit être relevant et traité sans complaisance.

En ce sens, ce qu’offre le papier doit être d’une qualité « premium » tandis que tout ce qui relève plus des mass média pourra être traité on-line ou par mobile. De cette façon, le journal deviendra un modèle hybride –offrant une information de qualité adaptée sur tous les fronts-, avec un business plan aussi hybride, qui cherchera des revenus auprès d’une audience plus large mais avec des intérêts particuliers.

Or, ce qui peut changer éventuellement pour les quotidiens papier est justement la fréquence de publication quotidienne. Il est possible que la diffusion des journaux baisse et que pour contrecarrer ce phénomène, en devenant plus pertinents, quelques journaux optent pour changer leur temps de parution. Cependant, il faudrait ajouter que si ce possible changement est une option valable, le seul vrai recours face au déclin du papier est bien dans la pertinence de ses contenus, tant sur le fond que sur la forme (et voir aussi, sur la diversification).

Et la crise ? Certes, on ne peut pas nier que les récentes transformations ont bouleversé le monde du journalisme. Mais parce que des crises il y en a tout le temps, il est utile de se souvenir des mots du réalisateur Nanni Moretti par rapport à la crise du cinéma, ce qui peut nous éclairer un minimum sur le futur d’un journalisme que tout le monde voit aujourd’hui en chute libre :

« Moi je suis né dans la crise du cinéma. Et je ne m’en suis jamais soucié, parce que mon rapport au cinéma n’était pas en crise. Quand on parlait de crise, je tournais mes premiers films. Quand on dénigrait le cinéma italien et qu’on vantait les films internationaux, je réalisais des films italiens. Quand les salles fermaient, j’en ai ouvert une. Au lieu de participer à des colloques plaintifs, j’ai produit des films. Pendant ce temps, ces réalisateurs qui parlaient de crise du cinéma avaient sûrement raison, puisqu’ils n’avaient plus envie de faire des films, de les écrire, de les tourner, de les produire. »

En d’autres mots, le papier, et les possibilités que celui-ci offre pour faire du journalisme de qualité sont encore là. L’innovation, le sens critique et la volonté sont toujours ses meilleurs alliés.

Nicolás Rodríguez Galvis pour Rampazzo et Associés

15/12/2008

L’avenir de la presse, une affaire de volonté

Les très controversés Etats généraux de la presse auront suscité nombre de réactions, du moins parmi les journalistes, et l’agence n’est pas en reste… Dans la revue Medias (n°19 – hiver 2008) et sur Mediapart, Nata Rampazzo et Gérard Desportes livrent leur analyse et proposent de recentrer le débat sur le contenu et son inscription dans la révolution numérique.

Par Gérard Desportes (journaliste à Mediapart) et Nata Rampazzo (designer de presse).

L’anecdote, comme souvent, en dit plus long sur la crise de la presse française que tous les rapports sur le sujet : quand on se rend sur Newseum.org pour y consulter les unes des journaux du monde entier, on y découvre 648 titres envoyés d’Albanie, du Pérou, d’Inde, des Etats-Unis, d’Europe mais… un seul titre français ! Et pas n’importe lequel, La Tribune, c’est-à-dire le dernier quotidien national ayant fait l’objet d’une cession dans des conditions qui, là encore, sont révélatrices d’une activité qui emploie 400 000 personnes… et concourt à la démocratie.
On ne peut mieux signifier la spécificité de la crise de la presse française, son isolement et son « entre-soi » dépressif, elle qui est la plus subventionnée des pays occidentaux et la plus mal distribuée : dans toutes les écoles de journalisme, on apprend à être curieux mais un seul éditeur hexagonal croit utile d’appartenir à cette géographie du « quotidien monde » qu’est devenue le Web… Pourtant, à l’heure de la mondialisation, présenter sur Internet sa « une », qui constitue rien moins que la vitrine d’un journal, ce que ses équipes rédactionnelles offrent de vision, d’émotion, de compréhension du monde, de distraction, devrait être une ardente obligation pour chaque éditeur. Mais pas en France.
Les canards, comme les oiseaux, se cachent donc pour mourir. En décidant le 2 octobre de lancer des états généraux de la presse, Nicolas Sarkozy a sans doute pris une bonne initiative. Tout a été dit néanmoins sur la méthode qui consiste à imposer du sommet un groupe de pilotage de quatre personnes nommées par l’Elysée, encadré par les conseillers du Prince, sans que, ni la composition de ces groupes, ni la publicité des débats, permette de dire ce qui s’y passe. Et que penser d’états généraux sans le peuple lecteur ? Un mois a passé et rien. Ou plutôt, des indiscrétions, des rumeurs sur des secours financiers de l’Etat pour tel ou tel titre, tel secteur. On ne sait rien, en revanche, sur le fond et ce qui devrait être le débat de tous reste une affaire de spécialistes. Mais comment peut-on imaginer sauver un patient de sa neurasthénie sans ouvrir les fenêtres et lui faire respirer l’air du large ?
Bien sûr, la presse est une industrie, mais on ne fait pas un journal comme on fabrique une boîte de petits pois ; il s’agit aussi et surtout d’information, d’opinion publique et de culture. Comment escompter un sursaut sans que la question des contenus ne soit mise sur la place publique et discutée par les citoyens que ces enjeux intéressent ?

L’exception française est criante et elle n’est pas à notre honneur
Partout dans le monde, on expérimente, on invente les supports de demain, où chacun ira d’un lien hypertexte à une vidéo et d’une image à une base de données, sauf dans ces états généraux où l’on gère le patrimoine et accommode les restes davantage que l’on cherche à briser le cercle vicieux. Ce repli est suicidaire.
La révolution numérique accroît encore les écarts. À de très rares exceptions, les sites internet adossés aux journaux hexagonaux n’offrent qu’une pâle copie de ce qui se fait ailleurs. Il n’est pas nécessaire d’aller aux Etats-Unis pour s’esbaudir devant la richesse des contenus multimédia ; en Italie, La Repubblica, avec une vingtaine de sites, montre la voie de ce qu’il est possible de faire. En Espagne ou au Danemark aussi, les sites n’ont rien à voir avec ce qui se fait ou ne se fait pas en France. En termes d’arborescence, de place de la vidéo et de contenus sonores, d’interactivité, le fossé se creuse. L’exception française est criante et elle n’est pas à notre honneur. Cette défaite est collective. Il n’est cependant pas certain que, dans les arrière-salles de ces états généraux, on cherche à modifier le cours des choses. Il reste 70 quotidiens en France. Combien dans dix ans ?
En lançant les états généraux, le président de la République a évoqué la paupérisation du secteur et il a raison, la presse française se débat dans la misère. Le nombre des pages proposées à la lecture avoisine les 90 dans les standards internationaux, il n’est que de 32 chez nous. Les rédactions s’étiolent. Cette pauvreté se manifeste maintenant dans des domaines qui feront la différence demain, le visuel, les bases de données, la relation avec les lecteurs, et c’est grave.
Pourquoi le Web est-il considéré en France comme un média, et un média concurrent qui a coulé la vente des journaux papier, et non comme un outil qui pourrait transformer le métier, améliorant certes la productivité, mais permettant surtout de dégager des moyens pour les investir dans l’enrichissement des contenus ? Dans de nombreux pays, le Web a été placé au centre du travail des journalistes. Il est ici craint, voire diabolisé par les syndicats qui y voient une surexploitation des salariés et par les éditeurs qui ne veulent pas de structures horizontales. Pourtant, travailler en réseau réduit l’espace-temps, permet l’accès à des connaissances, favorise les échanges et crée de la richesse à tous les sens du terme. Mais pas ici. Par exemple, comment expliquer que le Web soit très peu utilisé par les journaux pour tester la communauté de leurs lecteurs (comme le font par exemple La Voix du Nord et Nord Éclair), proposer des sujets à la vente avant de les imprimer, interagir avec cette même communauté dans la couverture d’un événement ? Comment expliquer que le boucher ou le boulanger du coin connaît mieux ses clients qu’un journal ses lecteurs ? Cette façon de subir la crise dépasse l’entendement.

Comment ne pas s’interroger sur la médiocrité de l’interactivité ?
Et comment ne pas remettre en cause la formation telle qu’elle se pratique en France, toujours sur le même modèle, avec les mêmes techniques complètement dépassées. Nos fabriques de chômeurs envoient à l’abattoir des générations de jeunes, toujours plus diplômés. Quel éditeur a réagi pour tenter de prendre le train en marche ? Comment expliquer que très peu de Français se rencontrent dans les séminaires de formation qui s’organisent à Copenhague ou à Milan sur l’avenir de cette profession tandis qu’affluent de tout le continent des designers, des maquettistes, des graphistes multimédia et des journalistes ? L’absence de curiosité, l’uniformisation commence dès la formation. De nouveaux métiers apparaissent, par exemple des développeurs-journalistes, qui compilent des sources dans des bases de données pour en extraire des synthèses intéressant le public, ou des « editor-design » qui déclinent des contenus multimédia et les mettent en scène. Où sont-ils ?
Comment ne pas s’interroger sur la médiocrité de l’interactivité ici, quand par exemple deux cents bloggeurs contribuent à la confection du Gotenborg Post en envoyant au journal articles et photos. Et en Grèce, un journal comme L’Elefteros, grâce à son nouveau design plus dynamique, est parvenu à jeter un pont entre le papier et son site Internet, passant de 40 à 120 000 exemplaires par jour, en jouant sur cette relation nouvelle. Il n’y a aucune fatalité.

Un journal est d’abord une communauté
Tandis que partout dans le monde, on parle convergence des supports, mutualisation des contenus, intelligence collective, en France, on continue de penser catégories professionnelles, droits d’accès différenciés entre niveaux hiérarchiques, contenus spécifiques pour tel ou tel support. Les éditeurs et les rédactions ne parviennent plus à être des entrepreneurs, ils subissent leur propre histoire et il est probable que les journaux (au sens large) ne joueront plus le rôle qu’ils tiennent depuis la Révolution française. Extraordinaire paradoxe de ces états généraux censés voler au secours d’une profession alors qu’ils vont probablement en constater le déclin : éditeurs et journalistes doivent accepter les nouvelles frontières technologiques (avec les conséquences sociales qu’elles induisent sur la mobilité mais aussi sur le droit d’auteur) et les modifications en cours dans la transmission des savoirs et des connaissances. Un journal, quel que soit son support, papier ou numérique, est d’abord une communauté. La presse nationale l’a trop oublié. Malgré ses habitudes un peu « ringardes », comme on dit à Paris, la presse quotidienne régionale montre qu’elle demeure un creuset toujours actif, une réelle agrégation de savoirs, d’histoires, de mémoires bien vivantes. Bref, une communauté qui partage espace social et proximité d’information. Ce qui se passe à La Montagne — convergence du quotidien papier et d’une chaîne de télévision — indique un chemin que d’autres journaux dans d’autres régions empruntent déjà. Il en va de même sur certains sites, réseaux sociaux qui regroupent du texte, du son, de la vidéo en fonction de centres d’intérêts ou de lieux. La cohabitation de journalistes professionnels et de bloggeurs amateurs, le maillage des territoires, la fusion du global et du local, voilà les axes du développement.

Une nouvelle ère s’ouvre pour les quotidiens, qui doit leur permettre de retrouver un rôle moteur. Quel que soit le support, les journaux demeureront des vecteurs importants du développement local, de l’organisation de la société. A condition d’être dans le mouvement de la création, du partage technologique et des valeurs démocratiques… la qualité future d’un média consistera à s’intégrer en profondeur dans le territoire, à susciter toujours plus d’interactivité et de participation. Le journal sera mon journal. Et dans mon journal, j’en aurai plusieurs rassemblés.
Mais comme disait Senèque, « velle non discitur », vouloir ne s’apprend pas. Alors qu’importent les états généraux. Ils passeront. Des mesures d’urgence, de sauvetage, seront prises. Admettons. Mais il faut qu’en toute indépendance et avec une ferme volonté de réforme, éditeurs et journalistes imaginent ensemble de nouvelles manières d’organiser le travail et des relations inédites avec le lecteur.

28/10/2008

Réflexions sur la rédaction du futur

Glané sur le blog de Benoît Raphaël (intitulé « Demain, tous journalistes ? »), ce résumé des conclusions du « New Business Models for News Summit » qui s’est tenu le 23 octobre dernier à New York, sous la houlette de Jeff Jarvis.

Dans son compte rendu, le bloggeur insiste sur quelques idées clés : la rédaction de demain comptera seulement 35 journalistes . Par quel miracle ? Grâce à l’information en réseau (journalisme de liens, journalisme participatif, etc.). La nouvelle rédaction, délocalisée, sera recentrée sur son savoir-faire initial : le reportage de terrain, facilité par les équipements multimédia à la disposition du journaliste. Pour le reste, pensez « link ».

14/8/2008

E-publishing : mort du papier ou seconde vie ?

L’e-publishing, c’est la déclinaison numérique d’un journal sous toutes ses formes…

L’e-publishing permet de lire un journal sur de multiples supports : édition originale consultable à l’écran, édition en texte seul, version en PDF téléchargeable sur PC, version adaptée aux écrans mobiles (PDA, téléphone portable), version audio, podcast… Plus quelques options Web 2.0. pour faire bonne mesure : partage de liens, emailing des articles, blogging, etc.

Voyez la présentation très éloquente de la version électronique du Philadelphia Inquirer.

Mais allons plus loin : à tous les graphistes et éditeurs qui se plaignent de la pauvreté et des limites du webdesign actuel (notamment en termes typographiques), l’e-publishing offre d’étonnantes perspectives : le journal papier trouve ici une seconde vie, enrichie de possibilités interactives multiples.

Repenser le design de presse

Par-delà la simple copie numérique, le design de presse se doit de proposer de véritables créations élevées à la puissance multimédia. Exemples : cliquez sur la photo de une et vous voyez un diaporama ou un reportage vidéo ; l’infographie de la page 3, de statique devient animée ; l’entretien de la page 4 peut être consulté sous la forme classique (mise en page alliant texte et photo), sous forme audio ou sous forme vidéo. Au choix.

L’e-publishing signe donc le renouveau du design de presse. Il faut entièrement repenser les pages en termes interactifs. Une seconde vie pour le journal papier, conçue dès l’abord en fonction de son avatar numérique.

Mais à terme, que se passera-t-il ? Au prix du papier, de l’impression et de la distribution, le print sera-t-il encore économiquement viable, face à la version électronique ? Et si le journal papier disparaissait ? Gageons plutôt qu’il renaîtra, ressuscité par son plus cher ennemi : le bien nommé « e-Paper ».

Moralité : le design de presse a encore de beaux jours devant lui.

5/2/2007

L’intelligence collective par Nata Rampazzo

1 – La bio-information : une révolution économique

L‘invention de l’agriculture, de la ville, de l’état, de la monnaie, de la science expérimentale, des moyens de transport modernes, etc. Les écritures idéographiques, l’alphabet, l’imprimerie et les médias électroniques ont joué un rôle important dans cette évolution culturelle vers une intelligence collective plus efficace. Dans ces derniers cas, il s’agit d’une augmentation de la puissance du langage. Il est clair qu’une bibliothèque ou un fichier manuel partagé est déjà un dispositif de mutualisation du savoir. Pierre Levy

Une ère nouvelle s’est ouverte à nous, celle du travail immatériel. Sans précédent dans l’histoire, la révolution digitale a enclenché un processus de dimension planétaire : grâce à l’extension des réseaux numériques, elle uniformise non seulement les modes de production mais aussi ceux de consommation. Ce changement, s’il vascularise totalement nos sociétés humaines, pourra être qualifié de révolution anthropologique.
Au début de ce XXIe siècle, définitivement post-fordiste, force est de constater que le travail a radicalement évolué. La production de masse classique n’est plus au cœur de l’investissement. Aujourd’hui, investir signifie acquérir de la matière grise et créer de nouveaux concepts et non plus seulement des machines. D’où une constante accélération des cycles de l’innovation technologique, dont Google est le plus frappant exemple.

Les technologies de l’information et de la communication qui se développent autour d’Internet ne sont pas des épiphénomènes de la structure technologique contemporaine. Internet est en passe de devenir le centre stratégique du développement économique mondial car penser et travailler en réseau transforme en profondeur les processus de production. La web-économie, brassage de flux mutualisant les savoirs, a contribué à la propagation d’une nouvelle arborescence des langages, des cultures et des pouvoirs.
Paradoxe ? Les médias numériques ont crû et évolué sous l’impulsion d’une intelligence venant de la base. Ce sont les utilisateurs d’ordinateurs qui ont créé ces outils originaux de communication, finalement multilingues, qui nous permettent d’échanger tant informations à travers la planète.
À travers Internet, tout individu peut exprimer son opinion, décrire le monde tel qu’il le voit pour laisser ensuite aux autres internautes le soin de décider de l’avenir de ce monde. Ces innovations libératrices n’émanent pas de stratégies économiques ou industrielles. Mais indéniablement elles les servent, car si Internet a projeté sur le réseau des individus qui souhaitaient rapidement et à moindre coût se faire connaître du monde entier, les entreprises peuvent également y présenter leur activité, chercher de nouveaux clients, recruter de nouvelles compétences. Aucun autre moyen de communication n’offre ce niveau d’interactions : combinant images, textes et sons, cet outil de travail unique ouvre la possibilité de créer et de modifier en continu n’importe quel élément spécifique d’un projet en fonction d’une demande reçue.

Aussi cette liberté qui nous est offerte est assortie d’une règle d’or : plus forte est l’organisation, plus grande sera sa visibilité. La plupart de ceux qui, avec de petits moyens, viennent défier sur la Toile les géants de la communication pourront en témoigner. Cela ne signifie pas nécessairement la puissance financière. Mais sur une Toile si élargie, si démesurée, les entreprises auront constamment besoin de nouveaux systèmes (et de nouvelles idées !) pour demeurer visibles, pour ne pas être de simples gouttes diluées dans l’océan.

2 – Organiser l’intelligence collective (La cellule et le noyau)

Le projet de l’intelligence collective implique une technologie, une économie, une politique et une éthique. Pierre Lévy

Le travail dans le cyber-espace est encore un monde nouveau, en évolution permanente. Et il en va de même pour les formes d’organisation qui s’y rattachent. Si ses salariés sont à ce titre de véritables « savants-pionniers », expérimentant chaque jour, au prix de nombreux sacrifices, de nouvelles expériences et outils de mutualisation des savoirs, le Web représente globalement un instrument stratégique pour l’entreprise. Intégrer totalement ses principes et investir dans ses options stratégiques constitue une double opportunité : activer avec profit de coûteuses ressources immobilisées et éviter de commettre l’erreur, fatale aujourd’hui, de ne rien investir du tout. L’information ordonnée en réseau ouvre de nouvelles perspectives au management (moins de verticalité et donc moins de hiérarchie) et aux modes de production, servis par l’intelligence collective.
Le travail en réseau est fondé sur l’échange des savoirs mais aussi sur leurs implications directes, imprégnées de la vision globale du «produit». Les réseaux nous permettent ainsi, non seulement d’administrer, de façon globale et extensive, différents médias (vidéo, sites, journaux, suppléments, téléphonie…), mais aussi de reformuler l’agencement des compétences et leur répartition dans ces mêmes médias. L’intelligence collective a un sens technique spécifique, c’est une forme vivante pleinement interactive, qui se reproduit et évolue au sein de la société moderne. C’est un véritable bio-système.
Actuellement, le travail tertiaire atteint une certaine phase de maturité, parce qu’il intègre les techniques de communication en réseaux aux formes classiques de production. Dans les chaînes classiques de production éditoriale, la capacité créative du travailleur a été suffoquée par la lourdeur des processus… le MM (« mix-média »), à travers la polarisation des intelligences, peut permettre de retrouver un nouvel élan et une manière efficace de produire… Dans la plateforme virtuelle, chaque rédacteur en chef, journaliste, secrétaire de rédaction, design ou graphic editor, web-master, marketer, chaque producteur d’image ou de mot peut visualiser et simultanément piloter la fabrication des objets de communication… En tant que managers, les éditeurs doivent comprendre que chaque travailleur « mix-média » (MM) n’est pas un simple pion isolé dans le magma d’un processus de production, mais une véritable source de savoir-faire. Ce que les techniques de communication en réseau développent actuellement nécessite un accompagnement pédagogique et méthodologique, un vrai changement culturel affectant tant la gestion des ressources humaines que le projet d’entreprise.
L’enjeu n’est pas anodin.

3 – Nouveaux médias, nouveaux langages

Le prix à payer pour ce gain d’intelligibilité sera l’apprentissage de la « langue de l’intelligence collective», qui traduira les données textuelles, numériques, statistiques et transactionnelles en symboles visuels synthétiques, en relation dans un espace tri-dimensionnel. Pierre Levy

Ces technologies de l’intelligence, l’ingénierie de la connaissance, les arbres (lemmes) de compétences techniques d’un travail au service des médias en réseau, génèrent une nouvelle écriture, une nouvelles syntaxe et un nouveau langage dynamique.
La manipulation simultanée et directe d’objets visuels et sonores reproduits sous forme numérique, le flux de signes, l’hypertexte et moteurs de recherche, les simulations graphiques visuelles et dynamiques, les interconnexions d’archives et fonds documentaires, les blogs, les images fixes ou animées… représentent un pas en avant vers la création d’une collectivité virtuelle … et de produits éditoriaux innovants.
Quelle que soient leur périodicité de parution, les medias imprimés ne permettent pas une mise en communication interactive globale, et s’inscrivent dans un rapport « un-pour-un ». Ils utilisent l’ensemble du réseau uniquement comme support de transmission temporel, sans dimension spatiale et sans aucun rapport avec le récepteur et/ou l’émetteur. Bien plus que les supports audiovisuels analogiques (télévision ou téléphone notamment), le Web a modifié le statut de l’information, devenue interactive, modulable et captable en n’importe quel point du réseau global.
Ce mix-média-market, faisant appel à l’intelligence collective, installe un dispositif spatio-temporel apte à créer une relation de véritable proximité «tous-pour-tous». Chacun peut être tour à tour récepteur ou émetteur. Cette dynamique, ce rapport interactif avec les internautes crée une communauté d’affinités culturelles, soutient le désir d’accéder à l’intérêt commun.
Le journaliste moderne est un nomade « multilingue », connecté sur des flux d’information démultipliés. Il travaille équipé d’une oreillette et d’un micro reliés à son téléphone cellulaire, d’une caméra ou d’un boîtier photo, devant un ordinateur portable et son clavier a remplacé la plume traditionnelle. Sa grammaire est faite de signes numériques, et il utilise les technologies communicantes comme, jadis, il utilisait des carnets. Dans son espace de travail multimédia, le techno-reporter est au contact d’une information capillaire simultanée. Ses archives, immenses, sont dispersées sur la totalité du réseau.
L’expression première du journalisme reste le texte, en accord avec la responsabilité, après la vérification des sources, éthique spécifique au travail d’intérêt commun. Hier, le journaliste était le médiateur de l’événement, l’ordonnateur de l’information et son journal le lien social légitime de son territoire. Aujourd’hui la web-information atteint directement le citoyen alors que cette information est difficilement vérifiable. Le travail du techno-reporter, ouvert aux nouveaux horizons du réseau local-global, ne doit pas oublier son rôle de médiation, de lien prescripteur. Le journaliste doit apporter sécurité, informer sans trop imposer ou hiérarchiser, dompter les nouveaux langages pour mieux se faire comprendre et rester en phase avec l’écriture généralement simple de tout un chacun. N’oublions pas qu’avec le développement des technologies de communication, le citoyen lambda est passé, en l’espace de deux générations, de l’analphabétisme à la télé-dépendance, et de la télé-dépendance au vertige du Web. Dans ce gigantesque champ de connaissance, impliquant des besoins informatifs par son étendue et sa précision, les citoyens souhaitent toujours plus de renseignements, d’analyses… autant de données utiles à la compréhension d’un monde en mutation rapide, autant de services accessibles par le web, autant d’opportunités d’élargir et d’enrichir l’échange avec le lecteur.

Des plate-formes éditoriales performantes, si elles sont capables d’agencer efficacement des produits « mix-media », si elles maîtrisent ce langage pour l’éditer indifféremment sur des support papier ou numériques (du web au cell-phone), assureront plus d’un avantage concurrentiel à leur client.
Par l’organisation du travail, nous l’avons vu. Par le produit également, car le web et ses flux constituent un formidable outil d’aide à la décision pour l’éditeur cherchant à développer de nouveaux produits dérivés, à innover par des formules, des suppléments, des hors-série… toutes sortes de produits à contenus « mix-média ».
Sur la cible, enfin, en élargissant et approfondissant le spectre de la proximité. Chaque publication est en effet unique, possède un style, un design, une ligne éditoriale, des signatures qui la caractérisent et suscite l’adhésion – et l’acte d’achat ou de lecture – du consommateur. Il est crucial de ne pas perdre de vue cette valeur du ton et de la marque dans le cyber-espace, environnement aussi nouveau que changeant. Par chance, le travail en réseau virtuel est un processus qui favorise une proximité, nouvelle et authentique, adaptée à la pratique de marketing éditorial. Non seulement le réseau vous permet de produire des analyses rapides, des études de marché élargies ou ciblées, mais il valorise vos projets ou productions, peut enrichir simultanément et en temps réel les contenus web et print grâce à une connaissance plus affûtée des attentes du lectorat… L’information est produite différemment, elle est également différente, et sa valeur ajoutée supérieure.

Si le développement de produits dérivés (hors-séries, livres, CD, DVD) accompagnant les supports distribués en kiosque avait ouvert la voie à un nouveau contrat de lecture (une voie que la France a d’ailleurs empruntée bien après ses voisins italiens, espagnols ou britanniques), la demande va désormais bien au-delà du « plus-produit ». Or nombre d’éditeurs et de journalistes n’ont pas entrepris, ou avec un certain retard, la reconfiguration structurelle suivant le schéma de l’intelligence collective, dans lequel l’individu est intégré à la production, livrant son savoir et pouvant accéder à celui de tous les autres.

Certaines institutions, à l’exemple du Daily Telegraph, d’El Pais (qui produit un journal « auto-actualisé » et imprimable en pdf), ou de La Reppubblica, ont en revanche entrepris cette révolution et repensé leurs flux de production pour les adapter à la variété et aux rythmes des flux modernes d’information. Ce faisant, ils se sont de facto engagés dans une nouvelle écriture, en phase avec les attentes des lecteurs de la digital generation (18/40 ans), qui surfent, tchattent, bloguent en ligne, interpellent journalistes ou décideurs d’un clic.
L’information issue d’une plateforme « mix-médias » sera naturellement imprégnée de cette culture de l’interactivité, de l’immédiateté, de l’alliance du local et du global. Cette nouvelle écriture « mix-média » organisée autour d’une plate-forme Web (réceptacle de données textes, images, sons constamment renouvelées), peut non seulement constituer un média à part entière, mais également une bibliothèque de contenus pouvant facilement générer d’autres produits, « print » ou numériques, répondant à la diversification des attentes du (des) lectorat (s).

Les nouveaux outils, les possibilités d’interconnexion sont disponibles, il suffit de les mettre au service d’ambitions renouvelées, plus offensives, plus créatrices.
Une sorte de renaissance de l’écriture.

Nata Rampazzo, 2006

12/1/2006

Le rôle de la photographie à l’heure du mix-média

© Isabelle Eshraghi

Quartier Darlaman, Kaboul, Afghanistan. Avril 2004. © Agence Vu/Isabelle Eshraghi

L’agence VU, fondée par Christian Caujolle et Zina Rouabah en 1986, s’est immédiatement imposée comme une agence pas comme les autres : une agence de photographes et non de photographies. Elle revendique, par son nom, l’héritage du premier grand hebdomadaire français illustré auquel, dans les années vingt et trente, collaborèrent des auteurs aussi importants que Man Ray, Kertèsz, Capa, Cartier-Bresson, Florence Henri, Gotthard Schuh ou Brassaï. Pour ses 20 ans l’Agence s’offre enfin un portail Web où les clients pourront puisser directement leurs images haute définition. Il y a 5 ans déjà, Rampazzo & associés avait conçu pour les Editions de La Martinière un livre exceptionnel qui s’intitule, tout simplement, Agence VU, 15 ans et qui propose en 528 pages une réflexion en images sur les enjeux de la photographie aujourd’hui et sur les perspectives de l’image argentique, près de deux siècles après son invention. Pour les 20 ans de VU, la contribution de R&A prend la forme d’un texte écrit par Nata Rampazzo, Du rôle anthropologique de la photographie à l’heure du mix-média [PDF]. Isabelle Eshraghi est photographe à l’agence VU depuis 2000, et collabore également chez Rampazzo & Associés.