16/07/2012

Cours de Global Média System par Nata Rampazzo, à l’université de Genève

Dans le cadre de son cours Global Média System à la Haute École d’Art et de Design de Genève (HEAD), Nata Rampazzo a fait travailler les élèves de deuxième année (année scolaire 2011-2012) sur la déclinaison d’une marque, à savoir le quotidien Métro, sur différents supports papier et numériques : du magazine au livre, en passant par l’application smartphone, le site internet, l’application tablette, le hors-série ou le supplément.
L’idée pédagogique était de diviser le groupe de 34 élèves en deux agences appelées Pinko et Pallino, d’apprendre à travailler en groupe, de créer une dynamique, d’échanger ses idées, ses opinions…
Pour voir les travaux des élèves, cliquez ici.

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15/03/2012

La lisibilité sur écran : comment l’améliorer ?

Sur Internet, 95% du contenu est du texte. Partant de ce constat, on comprend vite que, dans la création de sites Web, il est essentiel d’accorder une grande attention à la lisibilité du texte, c’est-à-dire à sa capacité à être compris par le lecteur.

La lisibilité dépend de plusieurs facteurs complémentaires : le choix de la ou des polices de caractères, la mise en forme des textes, la structuration des contenus dans la page et du site dans son ensemble, la rédaction. Sur un support imprimé, le respect de règles pour chacun de ces facteurs peut garantir une bonne lisibilité. Sur le Web, des obstacles se rajoutent : l’aspect du texte se modifie en fonction du système d’exploitation, du navigateur et de la résolution de l’écran du lecteur, ainsi que des polices disponibles sur son poste. De plus, non seulement le support informatique transforme le texte, mais la lecture elle-même change. Alors que la lecture sur papier procède par séquence, du haut au bas de la page, sur l’écran, on effectue un scan de la page à la recherche de points de repère. L’œil passe rapidement d’un contenu à l’autre, d’une page à l’autre, en fonction de l’information recherchée.  La capacité à lire des textes longs diminue et l’on privilégie des textes courts.

Autant de changements affaiblissent la lisibilité d’un texte sur écran par rapport à celle d’un texte imprimé. Même s’il a été démontré qu’avec le progrès technologique, l’écart de vitesse se réduit, la lecture sur le Web demeure plus pénible et fatigante.

Que faire?

Ces obstacles imposent une révision des critères de la lisibilité. C’est pourquoi, lors de la conception de sites web, il essentiel de maîtriser correctement l’art de se servir des caractères pour conférer à l’information une forme écrite, en d’autres mots : la typographie. Son but est de rendre un document intelligible et lisible, tout en soignant l’esthétique de la page dans son ensemble, et son efficacité influence directement la rapidité d’acquisition du lecteur. « Le design n’est pas inhérent à l’aspect. Il est inhérent au fonctionnement », avait d’ailleurs affirmé Steve Jobs, le fondateur d’Apple.

De quoi faut-il donc tenir compte pour qu’un texte soit agréable à lire? Comment l’organiser dans un page pour qu’il donne envie au lecteur de le suivre, en évitant tant que possible la fatigue visuelle? Voici les bonnes pratiques et les conseils techniques à suivre.

D’abord : le choix des polices

Une étape primordiale de la conception graphique d’un site est le choix des polices. En théorie on peut utiliser n’importe quel caractère, mais il faut veiller à ce qu’il soit disponible sur le poste de l’internaute et qu’il soit lisible à l’écran.

Les polices se divisent en « serif » ou « sans serif ». Dans une police avec empattements (serif), on distingue des petites pattes qui prolongent la fin des traits d’un caractère, qui sont censées guider l’œil dans la lecture. Une police sans serif présente des caractères tracés uniquement par des lignes et des barres basiques.

On a longtemps considéré que seules les polices sans serif permettaient la lecture sur écran. En effet, sur un vieil écran avec une résolution médiocre de 600 x 400 pixels, lire une police avec serif était presque impossible. Les caractères étaient mal définis et les empattements pixélisées. On a donc longtemps privilégié des polices sans serif (Verdana, Arial, Helvetica, Tahoma, etc.) ou avec serif optimisées pour les écrans (Georgia). Aujourd’hui, le problème des empattements n’existe presque plus, parce que les écrans ont des résolutions plus performantes.

Pour avoir la certitude d’utiliser une police installée par tous les navigateurs, il convient d’en choisir une « web-safe », comme Arial, Times New Roman, Verdana, Georgia, Lucida, Courier New, etc. Mais cela ne suffit pas. En effet, grâce à Css (ou feuille de style en cascade, un langage informatique qui définit la présentation des pages HTML), le développeur demande à l’ordinateur de sélectionner une suite de fontes (une famille) de la plus spécifique à la plus générique. Le navigateur va donc tenter d’afficher les pages avec la police souhaitée ; sinon, il essayera les autres de la famille, jusqu’à ce qu’une soit disponible.

Il est donc important de bien choisir la famille de polices. Voici quelques exemples[1] :

Polices à empattements (serif)

font-family: « Times New Roman », Times, « Liberation Serif », FreeSerif, serif;

font-family: Georgia, « DejaVu Serif », Norasi, serif;

Polices sans empattements (sans-serif)

font-family: Arial, Helvetica, « Liberation Sans », FreeSans, sans-serif;

font-family: « Trebuchet MS », Arial, Helvetica, sans-serif;

font-family: « Lucida Sans », « Lucida Grande », « Lucida Sans Unicode », « Luxi Sans », sans-serif;

font-family: Tahoma, Geneva, Kalimati, sans-serif;

font-family: Verdana, « DejaVu Sans », « Bitstream Vera Sans », Geneva, sans-serif;

font-family: Impact, « Arial Black », sans-serif;

Polices à chasse fixe (ou monospace, désignant la largeur fixe des caractères ; utilisées par les développeurs pour l’affichage de codes)

font-family: « Courier New », Courier, « Liberation Mono », monospace;

font-family: Monaco, « DejaVu Sans Mono », « Lucida Console », « Andale Mono », monospace;

D’après la même source, la composition d’une famille de polices doit, au-delà de proposer des fontes web-safe, rassembler des caractères proches non seulement par leur style, mais aussi par leur taille, la largeur relative des caractères, etc. Ainsi, placer Arial et Verdana dans une même collection est une erreur: Verdana est plus haute et beaucoup plus large. En revanche, on substitue facilement Arial à Trebuchet, bien que le style d’Arial soit sensiblement différent.

La contrainte de la disponibilité des caractères va néanmoins peser de moins en moins. Grâce à une nouvelle commande Css, le @font-face, le développeur peut désormais demander à l’ordinateur d’envoyer une police spécifique à tous les postes, et cela indépendamment du fait qu’elle soit disponible ou pas sur le système de l’internaute.

Le corps (ou taille) du texte devrait se situer entre 12 et 16 pixels (px), avec une exception pour les notes, dont la taille peut descendre à 10px. Une valeur de 16px peut paraître très grande, mais elle correspond à peu près à un corps de 11 points sur papier, qui garantit une bonne lisibilité. Il faut donc faire attention à ne pas diminuer systématiquement la taille, cela ayant pour conséquence une perte de lisibilité.

Quelle que soit la police choisie, pour garantir une bonne lisibilité il faut s’assurer qu’elle a une hauteur d’x confortable. La x indique la hauteur du tracé d’un caractère en minuscules, sans hampe ni jambage, tel qu’il est imprimé. Les polices sans serif et celles qui sont optimisées pour les écrans ont une hauteur suffisamment grande.

On peut définir la taille des caractères en valeur absolue. Mais il existe aussi une définition en taille relative, ou em. Celle-ci permet l’adaptation des caractères aux résolutions et aux paramètres de l’utilisateur, en évitant le risque que les lignes se chevauchent. Cela facilite l’accessibilité aux pages.

L’utilisation de polices distinctes pour différencier les contenus (titre, chapô, texte, intertitres, légendes, encadrés, liens, etc.) est très recommandée. La lecture sur écran, du fait qu’elle procède par scan, requiert des points de repère bien visibles : la mise en évidence des différents niveaux de lecture favorisera une bonne lisibilité. Par le contraste entre caractères, le lecteur trouvera plus facilement l’information recherchée.

Ensuite : la mise en page du texte

La mise en page du texte ne peut se passer d’un élément essentiel: le rythme vertical. Il s’agit de l’organisation de l’espace et de l’arrangement du texte dans la page. On parle de rythme parce qu’il confère harmonie et stabilité à la page. Cela améliore la lisibilité en facilitant le suivi du texte et apporte une certaine cohérence stylistique.

Concrètement, le texte doit s’aligner dans une grille de référence qui met en étroite relation la hauteur de ligne et celle du corps du texte : la hauteur de ligne de n’importe quel élément devra être un multiple de la hauteur de base pour que le rythme soit respecté. Les marges entre les paragraphes doivent eux aussi s’adapter à ce rythme.

L’interlignage, la distance qui sépare les lignes de base de deux lignes de texte, est un élément capital du rythme vertical. Pour qu’un paragraphe soit lisible, il faut que le texte respire, que l’on distingue bien les lignes. La hauteur de ligne va influer sur « l’aération » du texte. Le graphiste Peter Gabor explique justement que « serrée, la composition se densifie ; lâche, elle se clarifie et devient aérienne ». On peut considérer qu’un bon interlignage est compris entre 140% et 150% par rapport au corps de la fonte utilisée. Le texte peut être ultérieurement aéré en plaçant des espaces blancs sur chacun de ses côtés.

Il faut aussi éviter les lignes trop longues. Une justification de 65 signes par ligne semble correcte. Si la justification est trop importante, le lecteur aura du mal à repérer la ligne suivante à chaque saut de ligne. De fastidieux « couloirs » de blanc pourraient également se former dans le paragraphe. Pour trouver le bon compromis, il existe une méthode simple, celle du typographe Robert Bringhurst, qui consiste à multiplier la taille de la fonte par 30. Par exemple, si corps de texte est en 14px, la justification sera de 420px.

Le contraste des couleurs joue aussi un rôle important. Il faudra éviter les contrastes trop nets, comme du texte noir sur un fond blanc, qui brouille légèrement la vue. Des contrastes moins forts favoriseront une bonne lisibilité, à condition que les couleurs choisis ne se ressemblent pas trop.

Adaptation aux différents contextes de lecture

La problématique de la lisibilité se complique sensiblement par la multiplication des supports. L’interface d’un site (son organisation visuelle) doit en effet pouvoir s’adapter aux différents terminaux : ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, iPad et autres tablettes, iPhone et autres smartphones.

Pour faire en sorte que le contenu soit lisible sur tous les supports, il est donc nécessaire de créer des feuilles Css pour chacun d’entre eux. La définition de feuilles Css pour les sites mobiles doit tenir compte de deux problèmes : une résolution moins importante et une connexion souvent moins rapide que sur PC. Un contenu simplifié et optimisé est donc indispensable, ainsi que des pages légères en chargement. La navigation tactile requiert d’avantage de simplicité dans la construction de la page : il faut éviter des colonnes multiples de contenus et afficher les contenus empilés dans une seule colonne facile à parcourir. Des gros caractères, larges et lisibles, sont à privilégier : même si l’écran est petit, les polices ne doivent pas l’être pour garantir une bonne lisibilité. Les fichiers Flash player sont à oublier pour des nombreux smartphones, et surtout pour l’iPhone, qui ne l’affiche pas du tout.

Cela dit, rien n’empêche un smartphone, par exemple, d’afficher le contenu défini par une feuille de style pensée pour un site Web mais, dans ce cas, l’affichage du contenu ne sera pas adapté aux dimensions de l’écran, pénalisant ainsi la lisibilité.

 

Francesca Motta pour Rampazzo & Associés

08/04/2010

IPad : l’incertitude et l’intérêt du col roulé, par Nata Rampazzo et Nicolas Rodriguez Galvis

Posté depuis mercredi 7 avril sur le site lemonde.fr, les réactions après la sortie de l’IPad sur les perspectives d’utilisation du nouveau produit d’Apple dans la presse française.

lire l’article sur le site du monde.fr ou retrouvez cet article sur notre site ci-dessous.

(Lire la suite…)

09/02/2010

La montée du journalisme hyper local

Il n’est pas sûr que les précurseurs du journalisme « hyper locale » aient lu la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, de l’écrivain Georges Perec, mais il est légitime de se poser la question. En 1974, Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. À différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Il a noté soigneusement les mille petits détails inaperçus qui font la vie d’une grande cité, voire d’un quartier, d’une place, d’une rue.  » Ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages « , écrit Perec, à savoir que ce « rien » est la quotidienneté et qu’elle est toujours porteuse de centaines d’événements divers.

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La cinquième feuille du trèfle

L’artiste et l’inconnu à l’ère des nouvelles technologies

« Quand les souliers font mal, bon signe. »
Julio Cortázar

Aujourd’hui, l’art et ses langages contemporains sont confrontés aux nouvelles techniques de communication et aux flux numériques d’informations et de savoirs. L’artiste qui se plaignait, jusqu’il y a quelques années, de ne pas connaître, de ne pas être au courant des œuvres de ces camarades de création éparpillés dans le monde peut, sans grande peine, se faire l’idée un panorama exhaustif en faisant quelques clics.

Mais qu’est ce que cela implique au juste ? D’une part, que l’artiste – le créatif -, français, sud-africain, indien ou espagnol peut désormais suivre les évolutions d’un domaine de création sans devoir forcément se confronter aux frontières nationales. Cet effacement des frontières qui crée, en même temps, une attitude penchée vers le mouvement, vers la compréhension de l’autre, ne peut être que bénéfique pour des processus créatifs qui se nourrissent du métissage, des échanges mais aussi de nouveaux outils de création.

De l’autre part, la perception d’un unique « monde en réseau » peut entraîner un sentiment de « perte d’identité » et, surtout, une attitude blasée où l’artiste, qui a déjà « tout vu », « tout entendu » « et tout expérimenté », se distancerait des notions de stupeur et d’émerveillement face à une œuvre nouvelle.

Le mouvement et le changement se confrontent ainsi à la stagnation et à l’ordre établi. Parce que, comme le rappelle l’écrivain Julio Cortázar, « ce qui est véritablement nouveau fait peur ou émerveille : deux sensations également proches de l’estomac qui accompagnent toujours la présence de Prométhée ; le reste, c’est la commodité, ce qui est toujours plus ou moins bien ; les verbes actifs contiennent le répertoire au complet. »

Dans la création –comme dans la vie, faudrait-il ajouter -, il faut se confronter à l’inconnu. « J’en ai assez de parler du présent », chante Tom Waits. Et les futures formes et outils de création ne rêvent que du futur. Dans la création, pour fuir le conformisme, il faut chercher la tangente au lieu de parcourir les chemins et les raccourcis déjà tracés. Cortázar encore : trouver « la tangente qui fait voler le mystère en éclats, la cinquième feuille du trèfle. Entre oui et non, quelle infini rose des vents. »

Les nouveaux outils technologiques dont nous disposons aujourd’hui sont une incitation à l’expérience pour engranger non pas un, mais des processus créatifs. Les échanges culturels sont là pour greffer et multiplier les arts émergents. Parce qu’il n’y a pas mieux que chercher ce qu’on ne connaît pas, même si c’est pour trouver ce qui a toujours été là et qu’on n’avait jamais vu.

Nata Rampazzo et Nicolas Rodriguez Galvis pour Rampazzo et Associés

07/02/2010

Le papier, le journalisme, les crises et les amours par Nicolás Rodríguez Galvis

La presse-papier quotidienne est malade, gravement malade. Des médecins des grands groupes de médias, des spécialistes des organisations professionnelles, des infirmiers des syndicats des journalistes déclarent sans faute que l’état de santé de la presse papier est précaire et en inquiétante dégradation. Cependant, ce discours, qui se balade aisément entre évidences, larmes forcées et résolutions sans portée ne propose que très rarement des solutions sans délai et qui prennent en compte les principaux problèmes de la presse.

Les gros titres s’enchaînent et demandent successivement : « Va-t-on vers la fin de la presse papier ? », « La fin du papier ? » « Vers la fin du papier, quoi faire ? »… Tout le monde dit que c’est la faute d’Internet, ce nouveau média florissant qui paraît indétrônable. D’autres disent, qu’en plus d’Internet, les grands quotidiens nationaux français sont menacés par la percée foudroyante de la presse gratuite. Et il faut dire qu’ils ont raison. Les chiffres sont là pour le prouver. En 2008 les ventes de la PQN ont chuté de 3% par rapport à l’année précédente et les gens (surtout le lectorat jeune) s’informent de plus en plus sur Internent.

Un constat donc : les journaux imprimés se vendent moins qu’avant. En Europe et aux Etats Unis, en tout cas. Par contre, en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, d’après les données de la WAN (World Association of Newspapers) la tendance paraît être plutôt inversée. En effet, dans 100 des 182 pays (où la WAN possède des données fiables), la circulation de journaux papier à augmenté de 9% en 5 ans. De même, globalement 1.9 milliards de personnes lisent un journal au quotidien, soit 34% de la population, tandis que 24% seulement utilisent l’Internet.

Ainsi, nous avons des cas extraordinaires quant aux ventes de quotidiens papier, comme celui de l’Inde où 107 millions de journaux sont vendus par jour. Nous pouvons dire que le cas de l’Inde (comme celui de la Chine, d’ailleurs, qui se situe juste derrière en vente de journaux) est tout à fait exceptionnel. Que ce sont les publications non-anglophones qui vendent le plus, ou qu’une grande partie de la population n’a pas accès à l’Internet et que ces chiffres faramineux ne peuvent pas être comparables avec ceux de l’Europe. Mais d’autres pays, avec des comportements sociétaux hyper numérisés, comme le Japon, par exemple ou la Norvège, vendent aussi beaucoup de journaux papier (612 ventes pour 1000 adultes au Japon, et 576 pour 1000 en Norvège).

Or, il est certain que la presse papier du XXI siècle devra s’adapter au nouveau siècle et à ses nouvelles technologies.

Depuis 10 ans, la quasi-totalité des journaux se sont dotés de sites Internet pour attirer (ou conserver) des lecteurs. Le raisonnement de base était de croire que le nouveau business numérisé compenserait les pertes du journal traditionnel. Le paradoxe est que les versions on-line des journaux sont généralement consultés par des millions des lecteurs mais ce sont des lecteurs qui n’apportent que très peu de revenus au journal. D’une part, la plupart de sites d’information sur Internet sont gratuits (ou, en tout cas, on peut facilement trouver l’information qu’on veut gratuitement) et, de l’autre part, la plupart de revenus publicitaires du Web sont récupérés par les moteurs de recherche (avec Google aisément en tête) et non pas par les journaux.

Par rapport à cela il faut souligner le fait que la presse écrite ne repose pas sur un mais sur trois modèles économiques, souvent reliés entre eux par le support papier (info, publicité et services).  Ainsi, le lecteur, qui s’intéresse au contenu, à l’information du journal, et les annonceurs à la publicité, qui peut intéresser le lecteur. De plus, avec l’importance quotidienne qu’a Internet aujourd’hui seulement l’innovation dans le papier ET sur le Web permettront aux éditeurs de survivre : la transposition à l’identique du papier vers le Web ne fonctionne pas. Les versions Internet des quotidiens papier doivent servir non seulement comme complément des informations mais aussi comme une extension des mêmes. Les qualités interactives du Web (multimédia, vidéo, photo…) doivent être utilisées pleinement en pensant directement au lecteur Internet et pas seulement au lecteur papier. Le papier, quant à lui, doit garder sa condition de valeur ajoutée, d’objet qu’on veut avoir entre nos mains.

Parce qu’il est très possible que le papier restera au cœur de la presse pendant longtemps. À chaque fois qu’un nouveau média arrive, on prédit la mort du précédent. Mais, ni la radio à éliminé le papier, ni la télévision la radio, ni le cinéma la télévision. Par contre, et nous pouvons penser le même par rapport à la percée fulgurante de l’Internet, ce qui est toujours arrivé est que le nouveau média oblige à l’ancien à mieux se définir, à abandonner ses caractéristiques et ses fonctions moins significatives.

Par rapport à cela nous devons nous demander : qu’est ce que le lecteur veut d’un journal papier du XXI siècle ?

Il n’est pas dupe de penser que dans un moment où les médias sont saturés par un excès d’information mal organisée (plus ou, surtout, moins relevant) les lecteurs veulent des critères de sélection conséquents.  Ce qui doit être traité dans les versions papier doit être analysé en détail, même si cela veut dire qu’il y aura moins d’histoires traitées. Ce qui doit apparaître dans les Unes doit être relevant et traité sans complaisance.

En ce sens, ce qu’offre le papier doit être d’une qualité « premium » tandis que tout ce qui relève plus des mass média pourra être traité on-line ou par mobile. De cette façon, le journal deviendra un modèle hybride –offrant une information de qualité adaptée sur tous les fronts-, avec un business plan aussi hybride, qui cherchera des revenus auprès d’une audience plus large mais avec des intérêts particuliers.

Or, ce qui peut changer éventuellement pour les quotidiens papier est justement la fréquence de publication quotidienne. Il est possible que la diffusion des journaux baisse et que pour contrecarrer ce phénomène, en devenant plus pertinents, quelques journaux optent pour changer leur temps de parution. Cependant, il faudrait ajouter que si ce possible changement est une option valable, le seul vrai recours face au déclin du papier est bien dans la pertinence de ses contenus, tant sur le fond que sur la forme (et voir aussi, sur la diversification).

Et la crise ? Certes, on ne peut pas nier que les récentes transformations ont bouleversé le monde du journalisme. Mais parce que des crises il y en a tout le temps, il est utile de se souvenir des mots du réalisateur Nanni Moretti par rapport à la crise du cinéma, ce qui peut nous éclairer un minimum sur le futur d’un journalisme que tout le monde voit aujourd’hui en chute libre :

« Moi je suis né dans la crise du cinéma. Et je ne m’en suis jamais soucié, parce que mon rapport au cinéma n’était pas en crise. Quand on parlait de crise, je tournais mes premiers films. Quand on dénigrait le cinéma italien et qu’on vantait les films internationaux, je réalisais des films italiens. Quand les salles fermaient, j’en ai ouvert une. Au lieu de participer à des colloques plaintifs, j’ai produit des films. Pendant ce temps, ces réalisateurs qui parlaient de crise du cinéma avaient sûrement raison, puisqu’ils n’avaient plus envie de faire des films, de les écrire, de les tourner, de les produire. »

En d’autres mots, le papier, et les possibilités que celui-ci offre pour faire du journalisme de qualité sont encore là. L’innovation, le sens critique et la volonté sont toujours ses meilleurs alliés.

Nicolás Rodríguez Galvis pour Rampazzo et Associés

07/10/2009

Exposition « Du point au pixel »

Au baptistère de San Pietro, « Du point au pixel », l’installation vidéo de Nata Rampazzo, à travers 30 années de travail (peintures, scénographies, illustrations…), la révolution qui a conduit des outils traditionnels aux techniques informatiques : du pinceau à la souris, de la toile à l’écran, la créativité a tracé sa voie. Voici quelques images issues de la vidéo :



Illustration Musicale par Luca Minchillo, (voir son site).


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Le catalogue de l’exposition « punto&pixel » Asti 2.009 a été concu et réalisé par Marion Brisson (le blog de maomas).


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Nata Rampazzo Maestro del Palio di Asti 2009, a aussi réalisé l’étendard, (voir le site de la ville).

Voir aussi notre article sur l’exposition « Design de presse » organisé par Rampazzo à Asti

29/09/2009

À Asti, R&A organise une table ronde sur la crise de la presse

Le 19 septembre dernier, dans le cadre de l’exposition sur le design de la presse également organisée par notre agence, une table ronde sur l’avenir de la presse a rassemblé à Asti directeurs de journaux, journalistes et correspondants européens.

« Crise de la presse : comment s’en sortir ? », tel était l’intitulé général des débats. Parmi les questions débattues : les nouvelles habitudes de lecture, les modes de consommation de l’information, le développement du modèle hyperlocal et l’interactivité permanente. Quel est l’impact de la mutation du design dans les « news » et l’importance de la mise en scène de l’information à l’époque du « mix-media » ? Quelles sont les solutions et les modèles de la presse à l’ère du Web ? Ces changements rendent-il le journal papier obsolète ?

Cette table ronde était animée par Nata Rampazzo, directeur artistique de la société Rampazzo & Associés.

Les différents intervenants présents autour de la table étaient : David Guiraud, directeur général du quotidien Le MondeLuciano Bosio, directeur de la communication, de la stratégie et des études du groupe Figaromedia ; Pierre Gironde, directeur des rédactions du groupe La Montagne-Centre France ; Jean-Pierre Caillard, PDG du groupe La Montagne-Centre France ; Jurek Kuczkiewicz, adjoint à la rédaction en chef du quotidien belge Le Soir ; Werner De Schepper, journaliste suisse, ex-directeur de Blick, rédacteur en chef adjoint de l’Aargauer Zeitung ; Jean-Christophe Rampal, rédacteur en chef du magazine Ulysse ; Gérard Desportes, cofondateur de Mediapart ; Philippe Ridet, correspondant du Monde en Italie ; Eric Jozsef, correspondant de Libération ; Dominique Dunglas, correspondant du Point. Et de nombreux journalistes de la presse italienne.

Quelques liens pour se faire une idée de l’événement :

– dans la page « Opinions » de La Stampa, le compte rendu de Vittorio Sabadin

– Sur le blog de Jean-Christophe Rampal, le texte cosigné par Werner De Schepper et Peter Rothenbühler sur la presse de proximité.

18/09/2009

À Asti, en Italie du Nord, R&A propose une exposition sur le design de presse

Du 18 septembre au 8 novembre 2009, à Asti (Piémont), se tient « Visible & invisible », une exposition sur les métiers du design de l’information, à travers les principaux quotidiens de langue latine. Le commissaire de l’exposition, Nata Rampazzo, directeur de création de l’agence, présente parallèlement, au baptistère de San Pietro, l’installation vidéo « Du point au pixel ».

Chaque jour, dans le monde, des millions de quotidiens sont imprimés et lus, et des millions de pages Internet sont créées et consultées. Ce sont des objets complexes. Si la dimension esthétique n’y est pas une fin en soi, elle y joue un rôle décisif.

Le rôle du designer éditorial est d’agencer de façon harmonieuse les divers signes qui composent un journal ou un site Web. Métier « invisible » aux yeux des lecteurs, mais qui contribue à rendre l’information à la fois lisible… et plaisante à lire. L’exposition offre au visiteur la possibilité de saisir l’indispensable travail de ces hommes et ces femmes de l’ombre, ces « passeurs » qui mettent en forme l’information produite par les journalistes, la rendent au sens strict lisible et attrayante pour le lecteur.
Métiers, typographie, formats, couleurs, textes, visuels… tous les thèmes abordés sont autant de préambules à la seconde partie de l’exposition, intitulée « Visible ». On y  présente le « produit » fini : les « unes » et les pages des principaux quotidiens de langue française, italienne, espagnole et portugaise.

Informations pratiques : Espace Vinci, Place Leonardo da Vinci, Asti, Italie.

Voir aussi notre article sur l’exposition « Du point au pixel » organisé par Nata Rampazzo à Asti

23/03/2009

Rampazzo & Associés forme 120 journalistes

Le passage au format tabloïd du Journal de Saône-et-Loire et du Bien Public a été l’occasion de former les journalistes des deux journaux sur la nouvelle maquette et sur les changements générés par ce nouveau format.
dscf2898Nouveaux modes de traitement de l’information, rapport de proximité avec le lecteur, importance de l’image, anticipation dans la gestion de l’information, passerelles avec le Web, etc. Notre approche est fondamentalement pragmatique afin de répondre au plus près aux besoins de la rédaction et des journalistes, comme nous l’avions fait pour Presse Océan et Réforme, entre autres.

05/01/2009

Mise au point d’un nouveau système de gestion des contenus pour l’hebdomadaire « Réforme »

Rampazzo & Associés a été sollicité pour trouver un système de gestion des contenus le plus approprié pour l’hebdomadaire protestant Réforme, tout en renforçant son identité et en permettant à ses collaborateurs de travailler ensemble. Un challenge passionnant pour notre équipe !



Étape 1 : l’audit

Nous avons commencé par effectuer un audit de l’existant : fonctionnement interne, répartition du travail, responsabilités de chaque poste, matériel et logiciels utilisés… Et proposer des axes d’amélioration, en concertation étroite avec les interlocuteurs de la revue.

Notre agence s’est donné pour objectif de trouver la solution la plus adaptée aux spécificités et aux moyens de l’hebdomadaire. Il nous fallait simplifier et optimiser le circuit de la copie en proposant un outil qui permette à plusieurs utilisateurs de travailler sur le même article, sur place ou à distance, tout en ayant une vision globale de la mise en page et de son avancement. Nous devions également prendre en compte le maximum de perspectives permettant ultérieurement des passerelles et des évolutions vers des possibilités de publication multisupport (Web, archivage).

Étape 2 : une gestion de contenus centralisée

Afin de permettre une gestion centralisée des contenus (à destination des supports print et Internet), c’est une solution Adobe InDesign/InCopy/Version Cue qui a été retenue par l’équipe de Réforme. Cette solution ne représentait pas d’investissement lourd et avait l’avantage d’être connue de la plupart des futurs utilisateurs. De plus, elle offrait la possibilité de rester ouverte à toutes évolutions ultérieures, ce qui est absolument nécessaire compte tenu des avancées technologiques.

Nous avons également adapté et amélioré la maquette, en maximisant la mise en scène de l’information, en enrichissant l’éditing par des outils adaptés, en hiérarchisant l’information… Les formes de maquette ont été réorganisées pour être utilisées sans compétence « graphique » et de façon autonome par l’édition. L’export vers le web se fait de façon quasi automatisée, ce qui constitue un gain de temps important. Réforme se recentre ainsi sur ses domaines de compétence clés en sous-traitant les tâches qui ne nécessitent pas chez elle des postes à plein temps (traitement des images, suivi artistique…).

Étape 3 : accompagnement et formation

Grâce à notre expertise de la presse et de la formation, nous avons accompagné « en douceur » toutes les modifications apportées au fonctionnement habituel et à la maquette en programmant plusieurs cessions de formation et en répondant à toutes les questions des utilisateurs.

15/12/2008

L’avenir de la presse, une affaire de volonté

Les très controversés Etats généraux de la presse auront suscité nombre de réactions, du moins parmi les journalistes, et l’agence n’est pas en reste… Dans la revue Medias (n°19 – hiver 2008) et sur Mediapart, Nata Rampazzo et Gérard Desportes livrent leur analyse et proposent de recentrer le débat sur le contenu et son inscription dans la révolution numérique.

Par Gérard Desportes (journaliste à Mediapart) et Nata Rampazzo (designer de presse).

L’anecdote, comme souvent, en dit plus long sur la crise de la presse française que tous les rapports sur le sujet : quand on se rend sur Newseum.org pour y consulter les unes des journaux du monde entier, on y découvre 648 titres envoyés d’Albanie, du Pérou, d’Inde, des Etats-Unis, d’Europe mais… un seul titre français ! Et pas n’importe lequel, La Tribune, c’est-à-dire le dernier quotidien national ayant fait l’objet d’une cession dans des conditions qui, là encore, sont révélatrices d’une activité qui emploie 400 000 personnes… et concourt à la démocratie.
On ne peut mieux signifier la spécificité de la crise de la presse française, son isolement et son « entre-soi » dépressif, elle qui est la plus subventionnée des pays occidentaux et la plus mal distribuée : dans toutes les écoles de journalisme, on apprend à être curieux mais un seul éditeur hexagonal croit utile d’appartenir à cette géographie du « quotidien monde » qu’est devenue le Web… Pourtant, à l’heure de la mondialisation, présenter sur Internet sa « une », qui constitue rien moins que la vitrine d’un journal, ce que ses équipes rédactionnelles offrent de vision, d’émotion, de compréhension du monde, de distraction, devrait être une ardente obligation pour chaque éditeur. Mais pas en France.
Les canards, comme les oiseaux, se cachent donc pour mourir. En décidant le 2 octobre de lancer des états généraux de la presse, Nicolas Sarkozy a sans doute pris une bonne initiative. Tout a été dit néanmoins sur la méthode qui consiste à imposer du sommet un groupe de pilotage de quatre personnes nommées par l’Elysée, encadré par les conseillers du Prince, sans que, ni la composition de ces groupes, ni la publicité des débats, permette de dire ce qui s’y passe. Et que penser d’états généraux sans le peuple lecteur ? Un mois a passé et rien. Ou plutôt, des indiscrétions, des rumeurs sur des secours financiers de l’Etat pour tel ou tel titre, tel secteur. On ne sait rien, en revanche, sur le fond et ce qui devrait être le débat de tous reste une affaire de spécialistes. Mais comment peut-on imaginer sauver un patient de sa neurasthénie sans ouvrir les fenêtres et lui faire respirer l’air du large ?
Bien sûr, la presse est une industrie, mais on ne fait pas un journal comme on fabrique une boîte de petits pois ; il s’agit aussi et surtout d’information, d’opinion publique et de culture. Comment escompter un sursaut sans que la question des contenus ne soit mise sur la place publique et discutée par les citoyens que ces enjeux intéressent ?

L’exception française est criante et elle n’est pas à notre honneur
Partout dans le monde, on expérimente, on invente les supports de demain, où chacun ira d’un lien hypertexte à une vidéo et d’une image à une base de données, sauf dans ces états généraux où l’on gère le patrimoine et accommode les restes davantage que l’on cherche à briser le cercle vicieux. Ce repli est suicidaire.
La révolution numérique accroît encore les écarts. À de très rares exceptions, les sites internet adossés aux journaux hexagonaux n’offrent qu’une pâle copie de ce qui se fait ailleurs. Il n’est pas nécessaire d’aller aux Etats-Unis pour s’esbaudir devant la richesse des contenus multimédia ; en Italie, La Repubblica, avec une vingtaine de sites, montre la voie de ce qu’il est possible de faire. En Espagne ou au Danemark aussi, les sites n’ont rien à voir avec ce qui se fait ou ne se fait pas en France. En termes d’arborescence, de place de la vidéo et de contenus sonores, d’interactivité, le fossé se creuse. L’exception française est criante et elle n’est pas à notre honneur. Cette défaite est collective. Il n’est cependant pas certain que, dans les arrière-salles de ces états généraux, on cherche à modifier le cours des choses. Il reste 70 quotidiens en France. Combien dans dix ans ?
En lançant les états généraux, le président de la République a évoqué la paupérisation du secteur et il a raison, la presse française se débat dans la misère. Le nombre des pages proposées à la lecture avoisine les 90 dans les standards internationaux, il n’est que de 32 chez nous. Les rédactions s’étiolent. Cette pauvreté se manifeste maintenant dans des domaines qui feront la différence demain, le visuel, les bases de données, la relation avec les lecteurs, et c’est grave.
Pourquoi le Web est-il considéré en France comme un média, et un média concurrent qui a coulé la vente des journaux papier, et non comme un outil qui pourrait transformer le métier, améliorant certes la productivité, mais permettant surtout de dégager des moyens pour les investir dans l’enrichissement des contenus ? Dans de nombreux pays, le Web a été placé au centre du travail des journalistes. Il est ici craint, voire diabolisé par les syndicats qui y voient une surexploitation des salariés et par les éditeurs qui ne veulent pas de structures horizontales. Pourtant, travailler en réseau réduit l’espace-temps, permet l’accès à des connaissances, favorise les échanges et crée de la richesse à tous les sens du terme. Mais pas ici. Par exemple, comment expliquer que le Web soit très peu utilisé par les journaux pour tester la communauté de leurs lecteurs (comme le font par exemple La Voix du Nord et Nord Éclair), proposer des sujets à la vente avant de les imprimer, interagir avec cette même communauté dans la couverture d’un événement ? Comment expliquer que le boucher ou le boulanger du coin connaît mieux ses clients qu’un journal ses lecteurs ? Cette façon de subir la crise dépasse l’entendement.

Comment ne pas s’interroger sur la médiocrité de l’interactivité ?
Et comment ne pas remettre en cause la formation telle qu’elle se pratique en France, toujours sur le même modèle, avec les mêmes techniques complètement dépassées. Nos fabriques de chômeurs envoient à l’abattoir des générations de jeunes, toujours plus diplômés. Quel éditeur a réagi pour tenter de prendre le train en marche ? Comment expliquer que très peu de Français se rencontrent dans les séminaires de formation qui s’organisent à Copenhague ou à Milan sur l’avenir de cette profession tandis qu’affluent de tout le continent des designers, des maquettistes, des graphistes multimédia et des journalistes ? L’absence de curiosité, l’uniformisation commence dès la formation. De nouveaux métiers apparaissent, par exemple des développeurs-journalistes, qui compilent des sources dans des bases de données pour en extraire des synthèses intéressant le public, ou des « editor-design » qui déclinent des contenus multimédia et les mettent en scène. Où sont-ils ?
Comment ne pas s’interroger sur la médiocrité de l’interactivité ici, quand par exemple deux cents bloggeurs contribuent à la confection du Gotenborg Post en envoyant au journal articles et photos. Et en Grèce, un journal comme L’Elefteros, grâce à son nouveau design plus dynamique, est parvenu à jeter un pont entre le papier et son site Internet, passant de 40 à 120 000 exemplaires par jour, en jouant sur cette relation nouvelle. Il n’y a aucune fatalité.

Un journal est d’abord une communauté
Tandis que partout dans le monde, on parle convergence des supports, mutualisation des contenus, intelligence collective, en France, on continue de penser catégories professionnelles, droits d’accès différenciés entre niveaux hiérarchiques, contenus spécifiques pour tel ou tel support. Les éditeurs et les rédactions ne parviennent plus à être des entrepreneurs, ils subissent leur propre histoire et il est probable que les journaux (au sens large) ne joueront plus le rôle qu’ils tiennent depuis la Révolution française. Extraordinaire paradoxe de ces états généraux censés voler au secours d’une profession alors qu’ils vont probablement en constater le déclin : éditeurs et journalistes doivent accepter les nouvelles frontières technologiques (avec les conséquences sociales qu’elles induisent sur la mobilité mais aussi sur le droit d’auteur) et les modifications en cours dans la transmission des savoirs et des connaissances. Un journal, quel que soit son support, papier ou numérique, est d’abord une communauté. La presse nationale l’a trop oublié. Malgré ses habitudes un peu « ringardes », comme on dit à Paris, la presse quotidienne régionale montre qu’elle demeure un creuset toujours actif, une réelle agrégation de savoirs, d’histoires, de mémoires bien vivantes. Bref, une communauté qui partage espace social et proximité d’information. Ce qui se passe à La Montagne — convergence du quotidien papier et d’une chaîne de télévision — indique un chemin que d’autres journaux dans d’autres régions empruntent déjà. Il en va de même sur certains sites, réseaux sociaux qui regroupent du texte, du son, de la vidéo en fonction de centres d’intérêts ou de lieux. La cohabitation de journalistes professionnels et de bloggeurs amateurs, le maillage des territoires, la fusion du global et du local, voilà les axes du développement.

Une nouvelle ère s’ouvre pour les quotidiens, qui doit leur permettre de retrouver un rôle moteur. Quel que soit le support, les journaux demeureront des vecteurs importants du développement local, de l’organisation de la société. A condition d’être dans le mouvement de la création, du partage technologique et des valeurs démocratiques… la qualité future d’un média consistera à s’intégrer en profondeur dans le territoire, à susciter toujours plus d’interactivité et de participation. Le journal sera mon journal. Et dans mon journal, j’en aurai plusieurs rassemblés.
Mais comme disait Senèque, « velle non discitur », vouloir ne s’apprend pas. Alors qu’importent les états généraux. Ils passeront. Des mesures d’urgence, de sauvetage, seront prises. Admettons. Mais il faut qu’en toute indépendance et avec une ferme volonté de réforme, éditeurs et journalistes imaginent ensemble de nouvelles manières d’organiser le travail et des relations inédites avec le lecteur.